Quinze ans de trafic en berne

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Enrayer une chute libre. Alors que Gênes et Barcelone ont plus que triplé leur trafic de conteneurs depuis 1990, Marseille, sur la même période, l’a seulement doublé. Aujourd’hui le PAM* frôle le million de conteneurs traités chaque année, contre 2,1 millions pour Barcelone. «Marseille a perdu la moitié de sa part de marché» estime la Cour des comptes dans un rapport sur les ports français, rendu public en juillet dernier. En cause : la fiabilité du PAM, ses prix et ses équipements. Chaque année, le port se retrouve bloqué plusieurs jours que ce soit par ses propres agents, les marins de la SNCM ou les pêcheurs de thon. «Les images du conflit de 2005 durant lequel des voitures ont été jetées à la mer ont fait beaucoup de dégâts », assure un haut fonctionnaire à la préfecture. Plusieurs armateurs auraient déjà décidé d’éviter Marseille. Au niveau des prix, une escale à Marseille serait 40% plus chère qu’à Gênes, selon la Cour des comptes. En cause : le coût de la manutention des marchandises. MSC et PortSynergy, les opérateurs privés de Fos 2XL, visent à réduire leur coût en embauchant leurs propres dockers et surtout leurs propres « portiqueurs » (grutiers). Les portiqueurs du PAM, agents publics étant très bien payés (2900 € par mois en moyenne en 2004 pour 28h hebdomadaires) et quasiment tous militants CGT. En terme d’équipement enfin, le PAM ne dispose pas encore de terminal assez long pour accueillir en même temps deux porte-conteneurs « nouvelle génération », qui dépassent les 300 mètres de long. De ce côté-là, heureusement, Marseille a un atout : « c’est le seul port de Méditerranée qui dispose encore de terrains pour se développer », souligne la préfecture.

F.L.

*Port autonome de Marseille

Financements : Pouvait-on développer le port sans appeler au privé ? L’Etat et le PAM assurent que non. Les 400 millions que devraient coûter 2XL sont payés pour moitié sur fonds publics : 150 millions financés par le port, 28 par l’Etat, 14 par la région Paca et autant par le département des Bouches-du-Rhône. L’Etat a un peu traîné les pieds avant de signer : «MSC et PortSynergy ont revu à la baisse leurs objectifs de trafic sur Fos 2XL, note un haut fonctionnaire à la préfecture. Il risque d’y avoir un moment où investir de l’argent public dans ce projet ne serait plus rentable en termes de retombées économiques».