Quotidien sombre à Maison-Blanche

©2006 20 minutes

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Dans l'entrée de l'appartement d'Hanéma, l'eau ne s'écoule plus « que » toutes les deux minutes du plafond. C'est presque un mieux pour cette jeune femme qui vit avec ses cinq enfants dans ce T3 de Maison-Blanche, copropriété du Canet (14e). Il y a deux semaines encore, elle passait sa journée à éponger les gouttes qui tombaient sans discontinuer du plafond via la douille d'une ampoule. Pas de risque d'électrocution : il n'y a plus d'électricité depuis longtemps, ni dans les toilettes ! « Pour les autres pièces, j'ai dû refaire moi-même une partie de l'installation, explique-t-elle, ça m'a coûté cher, mais le propriétaire refuse de faire les travaux. Tous les murs coulent, la tapisserie se décolle. Le chauffe-eau ? Il a brûlé, je fais la vaisselle dans la salle de bain... »

Souris, fenêtres cassées... Un tableau apocalyptique dans lequel Hanéma se débat depuis quatre ans, pour un loyer de 500 euros par mois. Ses demandes de logement social n'ayant pas abouti et face à un propriétaire qui ne veut rien entendre, elle a décidé d'assigner ce dernier en justice, aidée par l'association Rouges Vifs, pour obtenir l'autorisation de consigner son loyer. « On a lancé la procédure en février mais entre-temps, le propriétaire a assigné Hanéma pour expulsion car elle ne paie plus les charges, souligne Charles Hoareau, membre de l'association. Payer au juge, d'accord, mais le payer lui, vu l'état de l'appartement ! » La justice a groupé les procédures de la locataire et du propriétaire. L'audience a lieu demain au tribunal correctionnel de Marseille.

« Maison-Blanche, qui était présentée au départ comme le top de la modernité, a été abandonnée au fil des ans aux marchands de sommeil. Ici, 90 % des locataires sont dans le même cas qu'Hanéma », assure Charles Hoareau, qui espère que le procès « fera bouger les autres ». Une réunion avec les locataires est prévue aujourd'hui.

S. H.