«Ce n'est plus de la science-fiction»

Propos recueillis par AMANDINE RANCOULE

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Christophe Bernard dans son laboratoire à la Timone (10e).
Christophe Bernard dans son laboratoire à la Timone (10e). — p.magnien / 20 minutes

Christophe Bernard, directeur de recherche Inserm, et son équipe «épilepsie et cognition» à la Timone (10e) ont mis au point des capteurs de l'activité cérébrale en matériau organique. Il explique ces travaux scientifiques, menés avec l'Ecole des Mines de Saint-Etienne à Gardanne.

Comment intervenir sur le cerveau ?

Pour capter le maximum de signaux du cerveau il faut être en contact avec le système nerveux. Dans le cas d'une tumeur, on ouvre la boite crânienne pour l'enlever. On découpe le crâne et on place sur le cerveau une grille d'électrodes reliées à un amplificateur. Elles permettent de faire une cartographie du cerveau grâce à l'enregistrement de son activité. Le patient est éveillé, on lui demande de parler pour voir quelle partie du cerveau la gère etc. La tumeur peut ainsi être retirée sans altérer les autres fonctions. Pour l'épilepsie, on fait pareil mais le crâne est remis et on observe le cerveau pendant quinze jours pour déterminer la région responsable des crises.

Quels sont les inconvénients de cette méthode ?

La grille n'est pas flexible et s'adapte mal aux courbes du cerveau. Certains capteurs, non biocompatibles provoquent des inflammations chez les patients. Enfin, les signaux sont pré-amplifiés loin de la source : il y a du bruit sur les enregistrements.

Que proposez-vous ?

Un système de capteurs à base de carbone, 100 % biocompatible. Une révolution technologique. On transforme le capteur en amplificateur. La puce est dix fois plus petite que l'épaisseur d'un cheveu, elle est résistante et souple : quand le cerveau bouge, elle bouge. Le signal est multiplié par dix par rapport aux systèmes classiques et plus il est riche, mieux c'est.

Quelles sont les autres applications?

Dans dix ans, on pilotera des membres artificiels par la pensée, en enregistrant l'activité des neurones. Ce n'est plus de la science-fiction. On peut extraire du cerveau des informations pour commander des mouvements chez des personnes paralysés.