Des nèfles pour les saisonniers immigrés

©2006 20 minutes

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Ils se sont rebellés et on le leur a fait payer. La saison 2006 est finie, et la quasi-totalité des 240 saisonniers agricoles immigrés de la Crau, qui s'étaient mis en grève durant l'été 2005 pour réclamer des arriérés de salaires, n'ont pas retrouvé de travail. « Seuls trois d'entre eux ont été réembauchés », constate la préfecture. « L'Etat n'a pas tenu sa parole, s'indigne Jean-François Duverdier, secrétaire général de la CGT de Fos. Le préfet avait promis que tous les grévistes seraient réembauchés. »

D'après la préfecture, la promesse portait uniquement sur une garantie de réembauche chez le même employeur, si celui-ci avait à nouveau recours à des contrats OMI (Office des migrations internationales). Or, les deux sociétés qui employaient les saisonniers grévistes sont en redressement judiciaire et n'ont pas fait appel cette année aux OMI. « Globalement, il y a eu beaucoup moins de demande d'OMI cette année, relève la préfecture. Les exploitations agricoles ont plutôt eu recours à des sociétés d'intérim espagnoles. » Jusqu'à présent, les Bouches-du-Rhône accueillaient chaque année 4 000 saisonniers OMI, (sur un total de 16 000 en France), essentiellement marocains et tunisiens. « On ne pourra jamais le prouver, mais il y a eu une concertation entre les exploitations pour ne plus employer d'OMI, estime Jean-François Duverdier. Ce sera pareil l'an prochain. Les intérimaires sont des Marocains qui sont résidants espagnols. Ils sont encore moins payés. C'est une nouvelle forme de précarité. »

Frédéric Legrand

En 2005, les saisonniers immigrés s'étaient mis en grève pour réclamer de 1 500 à 2 500 e par personne d'arriérés de salaires. Hébergés dans l'exploitation, ils demandaient également des logements salubres.