Robert Matta s'offre le musée Cantini

amandine rancoule

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Look rafraîchi pour le musée Cantini. Fermé depuis un an, l'ancien hôtel particulier du XVIIe siècle édifié en plein cœur de la ville, ouvre ses portes ce vendredi. Après avoir appartenu à la famille Montgrand de 1709 à 1801, il est acquis par Jules Cantini, marbrier et grand amateur d'art. En 1906, il offre l'hôtel à la Ville, avec ses collections, afin de transformer l'édifice en musée. Les espaces intérieurs ont ainsi été adaptés aux nécessités de la muséographie moderne avant d'être rafraîchis.

«Nous avons fait des travaux de relookage, explique Daniel Hermann, adjoint à la culture. Les peintures, la climatisation, le chauffage ont été refaits et un ascenseur a été installé pour l'accès aux personnes à mobilité réduite. C'est une bâtisse à taille humaine qui s'intègre parfaitement dans le parcours Mucem-Friche-Cantini», estime-t-il.

Pour la réouverture, Cantini met le peintre Roberto Matta à l'honneur*. C'est la première grande exposition en France depuis celle de 1985, organisée par l'artiste lui-même au Centre Pompidou, à Paris. «Les histoires de Marseille et de Matta sont liées, explique Christine Poullain, conservatrice en chef, directrice des musées de Marseille. Les intellectuels, les artistes, dont André Breton, qui fut un ami de Robert Matta, étaient réfugiés à Marseille en 1941 en attente d'un visa américain. A leur arrivée à New York, Matta les a accueillis.»

Cinquante tableaux et cinquante dessins sont exposés. Ils proviennent de différentes collections, dont certaines œuvres ont été prêtées par la veuve de Matta et d'autres par ses enfants. Seul le tableau Contra vosotros asesinos de palomas a été acquis par le musée Cantini. «Ses tableaux sont doués d'une lumière extraordinaire, estime Christine Poullain, comme éclairés de l'intérieur. Il utilise des éponges, des tulles, il frotte avec un chiffon pour dégrader. Ensuite, il trace les lignes au pinceau. La géométrie traduit son rapport à l'espace.» Car avant de devenir peintre, Matta commence des études d'architecture et travaille en 1933 dans l'atelier de Le Corbusier à Marseille. Puis la peinture l'appelle comme un art dans lequel il peut exprimer avec force les tensions historiques de son époque.