Gilles Bouillon : «Une des villes les plus protégées»

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Gilles Bouillon, architecte des Bâtiments de France.

Quel est le rôle d'un architecte des Bâtiments de France ?

Sa mission est de surveiller et de mettre en valeur le patrimoine. Il donne un avis sur les dossiers de restauration, propose des actions de valorisation...

Sur quels périmètres travaillez-vous à Marseille ?

Il existe près de quatre-vingts monuments protégés à Marseille. Les derniers concernés sont le phare de Planier ou le palais Longchamp. Ces monuments génèrent une protection à 500 mètres alentour. Il existe ensuite une protection des sites, comme pour les calanques ou le plan d'eau du Vieux-Port. Avec la décentralisation, les municipalités peuvent aussi créer des zones de protection du patrimoine urbain et paysager, dotées d'une réglementation qui complète le plan local d'urbanisme. Il y en a quatre à Marseille, couvrant le Panier, Belsunce, Noailles, Thiars... Si l'on additionne tous les sites protégés, Marseille est l'une des premières villes de France dans ce domaine.

Est-ce pour autant suffisant ?

La ville est si étendue qu'au-delà des monuments sauvegardés, on a du mal à établir la superficie de protection. C'est moins évident que pour Arles ou Aix. A Marseille, la ville entière est chargée d'histoire, y compris son littoral, ses collines. Il faut bien sûr continuer l'effort de protection, mais sous un autre angle, en communiquant plus auprès du public et des propriétaires sur les justifications de ces protections.

Des justifications qui ont dû être nécessaires sur le chantier de la rue de la République, où l'effort financier demandé aux particuliers est important...

Pour réaliser des opérations de qualité, il faut que le jeu en vaille la chandelle : si les prescriptions sont lourdes, il faut aussi que personne ne perde de l'argent. Il y a donc un dialogue permanent avec les propriétaires. De toute façon, je ne suis pas sûr que financièrement, ce soit plus cher au final. La valeur d'un logement dépend aussi de sa situation. Les gens qui réalisent ces travaux feront une plus-value à la revente.

Autre sujet sur lequel vous planchez, la transformation de l'Hôtel-Dieu en hôtel de luxe...

Sur le dossier que j'ai vu [celui d'Intercontinental, retenu par la ville], les grands principes semblent compatibles. Mais il faut voir les détails. Comme la façade de l'Hôtel-Dieu est protégée, c'est la Drac qui prendra une décision.

Quels sont les projets en cours ?

Outre l'Hôtel-Dieu, les grosses opérations à venir sont à ma connaissance le palais Longchamp et le musée des Civilisations. Mais il y en a d'autres dont on parle moins, comme la mise en valeur du Pharo, pratiquement achevée. Il faudrait aussi se pencher sur le patrimoine du xxe siècle. On n'a pas encore assez de recul sur la valeur de ces constructions. Des inventaires ont été faits, et ce n'est pas un hasard si un label « patrimoine xxe siècle » a été créé. Il faut faire mieux connaître des édifices tels que l'immeuble du Corbusier, l'Alcazar ou les nouvelles archives départementales, qui font partie de l'histoire de l'architecture.

Recueilli par S. Harounyan