L’habit ne fait peut-être pas le moine, mais la couleur d’un vin peut faire l’achat d’une bouteille. En matière de rosé* notamment, la teinte aussi bien que l’intensité ne sont pas laissées au hasard, et auront une incidence auprès des consommateurs.

«Décalage et affection». Ce serait, à en croire Gilles Masson, directeur du Centre du rosé qui s’inspire de travaux de sémiologie, les deux sentiments qu’inspire la couleur rose. «Le décalage, c’est un vin à part, il a un statut particulier. Il n’est pas frappé par tous les codes sacrés du vin.» Quant à l’affection, selon lui, cela correspond au moment de consommation du vin rosé, «dans des instants de partage, de convivialité, de douceur. Ce vin est cohérent avec sa couleur», affirme-t-il sans ambages.

Les vins clairs favorisés

Sauf que sa couleur varie beaucoup. «Il y en a une infinité. Deux vins rosés ne sont jamais les mêmes, reconnaît Gilles Masson. D’ailleurs, on a mesuré depuis vingt ans un éclaircissement du rosé dans toutes les régions françaises et du monde», estime-t-il. Le Bordelais ne fait pas exception. Les vins plus clairs  renverraient dans l’imaginaire collectif une image de qualité.

«Les gens ont fini par comprendre que le rosé clair avait des chances d’être plus léger, mais ça veut tout et rien dire, assène le directeur du centre du rosé. Quand ils disent léger, ils veulent dire fin, élégant, délicat. Un vin clair, on en a maîtrisé son élaboration, on ne s’est pas laissé envahir par le cépage. On a travaillé le raisin et le jus.»

Le vin avant la robe

On pourrait croire que ces a priori des consommateurs sur les flacons auraient décidé les vignerons à travailler leurs vins différemment. «Pour les vignerons, ce n’est pas une obsession. Je n’en vois pas qui veulent à tout prix la couleur», assure Gilles Masson. Ils cherchent plutôt à faire un bon vin, la couleur, pour importante qu’elle soit, n’en sera qu’un des résultats. Il s’agit en tout cas de la philosophie d’Olivier Allo, vigneron dont le Château la Rame rosé 2017 a été récompensé aux Oscars de Bordeaux.

«Nous ne cherchons pas à faire en fonction d’une couleur, mais plutôt un vin que l’on aime et qui soit la représentation de nos terroirs, authentique», affirme le professionnel. Si son vin a une robe «rose pâle, un peu litchi», c’est parce qu’il utilise la méthode du pressurage direct. «Une fois le raisin ramassé, on le presse tout de suite, c’est pour ça qu’on obtient cette couleur assez claire», explique Olivier Allo.

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Lui aussi estime que les «rosés clairs attirent plus les gens», notamment parce qu’ils donnent «une impression d’être plus aériens, plus légers». Cela dit, le Bordelais est aussi connu pour ses rosés «issus de saignée», une méthode consistant à laisser la peau des raisins macérer plus longtemps, ce qui confère au vin un ton plus foncé. Peut-être un peu délaissés, ces derniers peuvent s’avérer d’excellents choix tout de même, comme le dit Gilles Masson. «Ils peuvent être intéressants à consommer sur un plat ou une viande grillée plus qu’un apéro. Il faut trouver le bon contexte». Eh oui, le vin aussi peut changer de robe en fonction des occasions.

*A consommer avec modération.

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