Bacchus n’est pas toujours très nature! Des produits utilisés pour fortifier les vignes jusqu’aux sulfites qui permettent aux vins de mieux vieillir, les occasions ne manquent pas de s’éloigner de la nature dans le milieu viti-vinicole. Pour ne pas se laisser aller à la chimie, le vignoble bordelais s’est engagé depuis un peu plus de dix ans en faveur d’une agriculture éco-responsable, entre efforts collectifs et initiatives individuelles. «20 Minutes» s’intéresse à cinq d’entre elles.

Le travail à diverses échelles

De la recherche à la vigne, une multitude d’acteurs bordelais se sont engagés à accélérer le développement durable. Parmi eux, la section bordelaise de l’Institut français de la vigne et du vin (IFV) est le maillon reliant la recherche et la mise en application des solutions.

D’après Nicolas Aveline, l’un des ingénieurs viticoles qui y travaille, la section bordelaise de l’IFV s’intéresse à plusieurs «thèmes principaux, comme la réduction des intrants (produits ajoutés à la terre et aux cultures), le développement de l’agriculture biologique, tout ce qui est pollution des eaux, et la gestion de la biodiversité». La liste est longue. Lui travaille sur la question des biocontrôles, «l’utilisation d’alternatives aux produits chimiques classiques».

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Il suffit de savoir doser

«Quand on traite une vigne, on fait tout avec la même dose. Mais si on fait passer des capteurs, on peut connaître l’expression végétative (c’est-à-dire la vigueur) de la vigne.» C’est le principe de la viticulture de précision, expliqué par Nicolas Aveline. En l’occurrence, dans le Bordelais, une expérience dans ce domaine a été menée au cours des années 2010 sur une parcelle du château Léoville Las Cases à Saint-Julien-Beychevelle, à l’aide d’une cartographie très précise du vignoble. Du point de vue de l’écologie, la viticulture de précision permet de réaliser des «économies de produits phytosanitaires», explique Nicolas Aveline, et donc de limiter les substances chimiques utilisées.

Réduction du verre et renforcement des plantes

Une agriculture éco-responsable, ce n’est pas qu’un bilan carbone. Oh, bien sûr, la coopérative de vignerons Tutiac a bien choisi d’utiliser «des bouteilles les plus légères possibles», comme le rappelle Stéphane Héraud, président de la coopérative, en réduisant l’épaisseur du verre. Il faut dire que la fabrication d’une bouteille pèse lourd dans le bilan carbone. Mais les vignerons  de la coopérative ont aussi croisé des variétés de vignes, afin de les rendre plus résistantes. «Ces nouveaux cépages ne sont pas sensibles à une grosse partie des maladies répertoriées dans le vignoble. Cette année, nous avons une cinquantaine d’hectares de plantées» avec ces nouvelles variétés qui nécessitent moins de traitement, commente fièrement Stéphane Héraud.

Désherber sans vaporiser

Labellisé haute valeur environnementale (HVE), tout proche de la certification iso 14.000 qui récompense un management environnemental, le Château de Reignac à Saint-Loubès fait figure de bon élève dans le développement durable. Depuis 2009, le domaine fait des efforts particuliers sur la question du désherbage. «Avant, on désherbait chimiquement juste sous les rangs des vignes, sur nos 77 hectares. A l’heure actuelle, seuls dix hectares sont traités chimiquement, le reste est fait mécaniquement. L’idée est d’avoir tout abandonné dans deux ans», assure Nicolas Lesaint directeur technique du domaine.

Ça suffit les sulfites chez les Cassy!

Pour Laurent Cassy, le propriétaire des vignobles Famille Cassy Laurent, plus question d’utiliser de souffre pour son vin. Les sulfites sont très couramment utilisés comme antioxydant et antiseptique. Seulement, «pour avoir un effet il faut en mettre beaucoup», et risquer des «maux de tête». La solution de Laurent Cassy? «Du gaz carbonique se crée naturellement lors de la fermentation. L’idée c’est de le garder pour faire tampon entre le bouchon et le vin».

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