Le bio envahit la France. Dans la terre jusque dans le panier de course, la nature reprend ses droits. L’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique recense par exemple 36.664 producteurs labellisés bio en 2017, soit une hausse de 13,6% par rapport à l’année précédente. Avec 1,77 million d’hectares, pas moins de 6,5% de la surface agricole utile française est bio en 2017.

Le vin ne fait pas exception, et le milieu viti-vinicole se pare de différents labels environnementaux. Certains vont même encore plus loin avec l’agriculture biodynamique. Mais au fait, quelle est la différence exactement?

Christine Saurel, membre du syndicat international des vignerons en culture bio-dynamique Biodyvin, qui délivre le label éponyme, a une formule pour expliquer ce mode d’agriculture. «C’est l’homéopathie sur les vignes.» La formule est travaillée, mais risquerait bien de perdre les sceptiques. Reprenons depuis le début. Vous avez sûrement noté qu’il y a bio dans biodynamie. C’est normal, avec ce type d’agriculture, «le fondement de tout c’est que vous devez être certifié bio, et respecter les cahiers des charges européens. C’est un minimum», souligne Christine Saurel.

Les labels de la nature

C’est Laurent Cassy, propriétaire des vignobles Famille Cassy Laurent, qui l’explique. Lui est «certifié agriculture biologique», mais détient aussi le label Haute valeur environnemental (HVE), décerné sur le respect de trois types de critères, axés sur la biodiversité dans la propriété, l’étude des traitements utilisés, et la fertilisation. Pour produire un vin bio, explique Laurent Cassy, producteur de vin de Bordeaux en AOC  Bordeaux, Bordeaux supérieur, «on ne peut pas utiliser de produits de synthèse issus de la chimie. On va travailler uniquement avec des produits naturels.» Certains sont tout de même autorisés, mais en quantité limité. «On a le droit de mettre du soufre par exemple, mais pas n’importe lequel», ajoute-t-il. Bien sûr, «nous n’utilisons aucun produit OGM. L’idée c’est de travailler avec les plantes. On se sert de leurs particularités pour stimuler les défenses naturelles du végétal.» Cette façon de faire n’est pas éloignée de l’approche biodynamique. Logique, Laurent Cassy est justement «en conversion Demeter», du nom du label en agriculture biodynamique qu’il cherche à obtenir. «La conversion prend trois ans. Il faut répondre à un cahier des charges, avec des particularités qui vont plus loin que pour l’agriculture biologique», explique le vigneron. A titre d’exemple, il évoque certains «traitements réalisés sur la vigne», pour lesquels il faut utiliser «des doses de produit plus faibles».

De l’eau et du chaos

Mais vous l’avez sûrement noté aussi, dans biodynamie, il y a la notion de dynami…sation. Au-delà de l’utilisation de produits naturels, cette méthode d’agriculture repose sur des préparations bien spécifiques qui justifient la métaphore de «l’homéopathie des vignes». Christine Saurel explique le principe de la dynamisation, chère à la biodynamie. «Vous prenez un verre d’eau, une petite cuillère et vous tournez. Quand un tourbillon est bien formé, vous arrêtez et vous changez de sens. C’est ça la dynamisation. Vous voyez votre eau secouée, on appelle ça le chaos, illustre-t-elle. C’est à ce moment que vous versez la cuillère à café de quartz», explique-t-elle. Cette préparation particulière répond au doux nom de préparation 501, mais il existe bien d’autres recettes avec d’autres ingrédients.


Cette dynamisation est ce qui permettrait de renforcer l’efficacité de la préparation, en l’occurrence du quartz. «Il est prouvé qu’il faut la faire pendant vingt minutes. Au-delà, l’efficacité va décroître», ajoute Christine Saurel. L’intérêt de tout ça, allez-vous dire? «L’énergie», répond la membre de Biodyvin, bien consciente que «ce nom est galvaudé. Mais on n’est pas dans l’ésotérisme, plutôt dans l’utilisation de quelque chose qui apporte un complément à la plante pour qu’elle se défende naturellement.»

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Selon elle, outre des vignes en meilleure santé, le vin qui résulte de ces méthodes serait incomparable. «Il y a une telle lisibilité dans le vin. Vous êtes emmené jusque chez le vigneron, vous pourriez décrire l’endroit», s’enthousiasme-t-elle. La clé pour voyager verre à la main, toujours avec modération bien sûr? Comme pour l’homéopathie, on peut peut-être douter de son efficacité, mais au moins l’utilisation de produits naturels ne fait-elle pas de mal.

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