8h du matin, l’heure de l’embauche pour les ouvriers du château de La Rivière. Arborant un large sourire, Manon Deville est là, parmi eux. Elle donne les premières consignes aux tractoristes (ouvriers) chargés de travailler les sols. Puis, elle se rend dans le chai pour déguster, assembler et écouler ses cuves. Agée de 26 ans, elle est la plus jeune directrice technique du vignoble bordelais.

«Mon métier, c’est un deux-en-un, souligne Manon. Je suis à la fois chef de culture et maître de chai. Dans certaines maisons, on peut se permettre d’avoir les deux. Tout est une question de taille, de moyens et de tradition.» Sur la propriété, son rôle est de tisser le lien entre la terre et la technique, rapporter les informations au directeur général, puis les transmettre au propriétaire.

Un référent sur le terrain

Manon supervise tout ce qui concerne la vigne, de la taille aux vendanges, en passant par le traitement. Elle s’occupe de la gestion humaine, mais réfléchit aussi aux nouvelles techniques agricoles à mettre en place, comme aux investissements à réaliser. «Sur le terrain, j’ai toujours mon plan technique dans la tête, confie-t-elle. Pour la taille des vignes, par exemple, je sais exactement combien de bourgeons je veux garder par parcelle.»

Le travail de Manon se poursuit dans les chais où elle veille, avec soin, aux choix à effectuer en matière de vinification. «En période de vendange, on déguste tous les jours, précise la jeune femme. On vérifie le niveau et l’homogénéité des cuves, pour obtenir un grain de tanins identique et des arômes similaires et complémentaires.» Une fois la phase d’assemblage réalisée avec minutie, la directrice technique définit le planning de la mise en bouteille et organise les expéditions.

Un métier de la mondialisation

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Manon conseille les nouveaux propriétaires chinois du château de La Rivière. P. Genty/20 Minutes

Fin 2013, le château de La Rivière est racheté par un investisseur chinois. Premier importateur de vin de Bordeaux, l’Empire du Milieu a jeté, depuis quelques années déjà, son dévolu sur la région bordelaise. Aujourd’hui, ils ont besoin d’hommes et de femmes comme Manon, pour leur expliquer le processus de production du précieux nectar. «Sans ces nouveaux propriétaires étrangers, je pourrais difficilement exercer mon métier, souligne Manon. Dans la mesure où la plupart d’entre eux ne connaissent pas grand chose au vin, nos compétences sont là pour leur fournir un regard plus professionnel.» Un métier en évolution et qui a su s’adapter au rayonnement international du vignoble bordelais.

Au château de La Rivière, les vins sont AOC fronsac. «Ils sont gourmands, élégants et bien construits. Des millésimes aux tanins les plus souples possibles», révèle Manon. Selon elle, «le consommateur doit savoir que dans le verre, il n’y a pas que des grains de raisin, mis dans un chais et transformés en vin… C’est véritablement tout un travail de réflexion, d’assemblage, de connaissance du terroir pour en tirer le meilleur.»

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