Article mis à jour le 25 juin 2018

Pour les jeunes vignerons, la première cuvée reste longtemps en mémoire: les débuts prometteurs s'accompagnent souvent d'une volonté de tester, d'expérimenter. «Lorsque je suis arrivé en 2007, j’ai décidé de tout changer», explicite Thierry Lurton. Au château de Camarsac dans la commune du même nom, il détonne dans le vignoble bordelais.

Le vigneron souhaite faire des cuvées très variées selon la parcelle, composées de différents cépages, c’est-à-dire de variétés de vignes. «Par exemple, nous avions un peu de cépage cabernet, dont les raisins n’étaient pas très mûrs. Un chaudronnier est venu nous fabriquer une porte-basse dans la cuve, pour faire écouler le raisin entier. C’est ainsi que nous faisons maintenant du rosé.»

Large palette de saveurs

Faire avec ce que la nature donne: Thierry Lurton se revendique cuisinier de saison. «Qu’est ce que j’ai dans mon jardin? Et qu’est ce que je peux faire avec ça? Je voulais vraiment sortir des codes, de la notion de “graal” et de la hiérarchisation du Bordelais: premier vin, second vin…» Avec quatre vins rouges*, un rosé et un clairet (AOC bordeaux, entre le rouge et le rosé), Thierry Lurton porte son inspiration sur une large palette de saveurs et de goûts. «Cela a entraîné beaucoup de bouleversements. Les équipes se sont renouvelées, car il a fallu trouver des gens qui croient en cette nouvelle logique.»


Sur la propriété de 22 hectares du château Pont de Brion à Langon, c’est la première cuvée en vinification pour Charlotte Molinari. «Une année fabuleuse, s’enthousiasme la jeune fille de 28 ans. Sur les blancs, on a essayé de garder une acidité. Il ne fallait pas se laisser piéger par le beau temps qui donne des raisins très mûrs et un vin fruité.» Une première concluante donc.

Chaque année, une naissance

Etre seule aux commandes pour la première fois, une sensation que n’est pas prête d’oublier Nathalie Despagne, au château La Rose Figeac à Libourne. Prenant la suite d’une exploitation familiale, en Pomerol, elle arrive en 2013. Une année très difficile. «J’avais des grappes dans un très mauvais état… Là, j’ai su que le démarrage allait être plus compliqué que prévu. Aujourd’hui, La Rose Figeac est ma raison de vivre.»

La viticultrice est heureuse d’être seule à gérer la production, sans père ou frère pour dire quoi faire. «C’était épuisant mais exaltant. J’ai été portée par ça.» Selon elle, chaque année est une naissance, avec pour fil conducteur un produit frais. Contrairement à de nombreux vins dans le Bordelais, Nathalie revendique un vin fruité, plutôt féminin. «Elle est là mon inspiration, il n’y a pas l’arrière goût du bois (du tonneau) qui masque le fruit.»

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Un savant dosage dans le processus de fabrication, entre le choix du cépage, de la température de fermentation du raisin ou de la mise en barrique… Chaque vigneron produit un vin à son image.

*A consommer avec modération.