Dans sa propriété du château Boutinet, achetée en 2011 avec son mari, Nathalie Escuredo enchaîne les allers retours entre le chai et la vigne. Quand elle n’est pas en train de tailler la plante, elle presse son vin au fond des cuves pour en récolter un tanin velouté. «Un vin de presse», comme l’appellent les viticulteurs, qui sera assemblé avec le cépage «100% merlot» de son sol. «Un vin très porté sur le fruit», selon Nathalie, dont le goût si particulier doit tout à l’alchimie entre la terre et la technique. «Un bon viticulteur est quelqu’un de passionné et de polyvalent, ajoute-t-elle. Il faut aimer ce rapport à la terre pour obtenir cette alchimie et agir comme des créateurs, en mettant en scène ce que nous offre la nature.»

Au départ, la viticultrice de 47 ans n’était pas prédestinée à travailler dans la filière viticole, même si «depuis toute petite, il y a toujours eu, sur la table, la bonne bouteille du dimanche». Après avoir fait des études d’art, elle devient guide-interprète et anime, notamment, des randonnées pédestres… du côté de Saint-Emilion. De visite en visite, elle prend la mesure du rayonnement de Bordeaux en termes de vin, et finit par intégrer la faculté d’œnologie de la cité girondine.

De l'art à la vigne

Diplômée en dégustation, Nathalie continue aujourd’hui à s’inspirer de ses premières passions pour expliquer sa manière de travailler. «Quand vous regardez une œuvre d’art, vous êtes vraiment sur le ressenti. Pourquoi l’artiste l’a-t-il peint? Qu’a-t-il voulu exprimer? En dégustant et en créant du vin, on retrouve cette sensation, avec, en plus de la vue, le goût et l’odorat.»

La moyenne des vignobles bordelais est d’une quinzaine d’hectares. La propriété de Nathalie et Jérôme en fait huit. Le couple est donc sur tous les postes. Si son mari s’occupe surtout de l’élevage et de la vinification, la viticultrice se charge davantage de la commercialisation et de l’œnotourisme.

90% de la clientèle du château Boutinet est constituée de particuliers. Il était essentiel pour le couple de développer un lien fort avec son public. «Toute l’année, nous organisons des balades à pied dans nos coteaux du Fronsadais. J’anime également des ateliers d’initiation à la dégustation, ainsi que des rando-tapas tous les étés.» Des moyens efficaces et ludiques pour expliquer aux consommateurs tout le travail nécessaire, avant que le fruit de la vigne n’arrive dans le verre.

Nathalie et son mari produise trois types de vins: le clairet, dans la pure tradition bordelaise, le château Boutinet («le vin du plaisir, des copains, très rond, porté sur le fruit et à boire rapidement», précise Nathalie) et le Thalie de Boutinet, un vin de garde, élevé en barrique et qui doit son nom à la muse de la comédie. Une référence artistique de plus dans la vie de Nathalie. Une vie au service du vin où il est primordial, selon elle, d’être «épicurien»: se faire plaisir et en procurer.

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