6h30, Benoit Calvet est au téléphone. Au bout du fil: l’Australie. Peu après, il retrouve l’œnologue pour créer, déguster et assembler… Ensuite, il enchaîne sur sa réunion de contrôle qualité, avant de partir pour l’Angleterre. Négociant vient du latin «sine otium», signifiant «sans répit». Installé à Parempuyre, Benoit passe ses journées à acheter, goûter et revendre le vin à des professionnels ou des particuliers. Selon lui, «la racine même de notre métier résume notre quotidien».

Fils de négociant, il crée sa société en 1985. Aujourd’hui vice-président du salon Vinipro de Bordeaux, il fait partie de ces militants de la vigne, qui souhaitent que le vignoble bordelais se revitalise. «La tradition est la somme des innovations qui ont fonctionné dans le passé. C’est donc notre devoir de créer la tradition de demain», explique-t-il.

Le négoce à Bordeaux est né dans le port, entre marchands et exportateurs. «Cette mentalité marchande est restée dans les mœurs et a permis aujourd’hui de multiplier les métiers de la filière viticole», souligne-t-il. Après l’ouverture du marché international, le négociant s’est spécialisé. Certains ont acheté des grands crus pour stabiliser et garantir leur approvisionnement. D’autres ont choisi le virage marketing et ont investi dans la distribution.

«Le négociant est un créateur de goût»

En partenariat avec des producteurs, le négociant créé des goûts, un peu comme un parfumeur. «L’assemblage, c’est la base de mon métier. Disons qu’un producteur possède dix parcelles de vignes différentes dans sa propriété (un vieux Cabernet, un Merlot, un Petit Verdot…). Chacune d’entre elle va être vinifiée à part. Le vigneron surveille ce qu’il y a dans son chai. Il va créer son vin par assemblage. Le négociant fait la même chose pour dix châteaux car au lieu d’avoir besoin de 100.000 bouteilles, il lui en faudra un million», précise Benoît.

En fonction du pays, l’opération sera différente. Si c’est pour le Danemark, le lot 1 sera plus tannique, alors que le lot 2, pour l’Angleterre, sera plus doux. «L’assemblage n’a rien à voir avec une sorte de mélange. Au contraire, c’est la sublimation du vin. Ce sont des lots qui se marient les uns avec les autres, créant quelque chose d’unique.»

Des défis permanents à relever

Le métier doit faire face à plusieurs évolutions. La vente en ligne représente 10% du marché actuel. A terme, elle dépassera les 30%. «C’est énorme, massif, considérable, insiste Benoit. Avec internet, on est exactement au même stade que 15 ans après la naissance de l’imprimerie. Les lignes vont encore bouger et il faut s’adapter en permanence.»

A Bordeaux, les enjeux climatiques sont également au cœur des préoccupations de la filière. «La vigne le rappelle tous les jours, confie le négociant. Les vendanges sont précoces, des maladies se propagent et les rendements sont en baisse.» Là encore, face à ces phénomènes, les négociants devront s’adapter et trouver les bonnes solutions. «Ce n’est pas un métier simple. On dépend aussi bien du dollar, de l’euro ou du yen, que de la grêle, du gel et du climat.» Un métier passion et multi-tâches «sine otium», sans répit.

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