Quand certains ressentent leurs émotions en décalage

PSYCHO La joie, la tristesse ou la peur... A la place des émotions, un sentiment de déconnection…

Laura Belleyme

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«Cela concerne plutôt des personnes qui ont vécu des situations difficiles dans leur vie», avance le psychologue Benoit Henaut.
«Cela concerne plutôt des personnes qui ont vécu des situations difficiles dans leur vie», avance le psychologue Benoit Henaut. — Christopher Michel/Flickr

«J’adore», «Wouah», «Haha», «Triste» ou «En colère»… Cette année, Facebook a offert à ses abonnés la possibilité d’exprimer encore plus d’émotions pour expliquer son «like». «Les émotions sont la base de notre existence. On ne peut pas les mettre de côté», observe Benoit Henaut, psychologue au sein du cabinet Saint-Jacques à Paris.

Depuis le 25 Février, Facebook permet à ses abonnés d'exprimer leurs émotions via des émoticônes.
Depuis le 25 Février, Facebook permet à ses abonnés d'exprimer leurs émotions via des émoticônes.

Et pourtant, chaque jour, il reçoit  des patients qui se sentent coupés de leurs émotions. Au cours d’un mariage ou d’un deuil, elles éprouvent la sensation de ne pas les ressentir au moment où elles devraient.

Le stress, c’est un cocktail d’hormones

Deux raisons à cet état. La première, c’est un stress trop intense. «Une émotion, c’est un cocktail d’hormones qui se libèrent dans le corps», explique le psychologue. Alors quand c’est «trop», le corps se protège. «Pour éviter une diffusion toxique des hormones dans le corps», les organes chargés de traiter l’information, de la  «digérer», sont court-circuités. «C’est une manière de s’adapter aux émotions», souligne-t-il. Chez certains, cette déconnexion entraîne des problèmes d’addiction. Pour se déconnecter, l’individu boit un verre. A court terme, cela l’aide à chasser ses pensées. Et le cercle vicieux est enclenché.

Pour la deuxième explication, il faut remonter aux premières années de notre existence. Isabelle Filliozat est psychothérapeute et auteur du livre Que se passe-t-il en moi?. Elle explique que, si des personnes n’éprouvent pas de sentiment sur le moment, c’est parce que «pendant l’enfance, personne n’a accueilli leurs émotions. Lorsqu’ils montraient quelque chose, on les a humiliés.» C’est l’équivalent du «Tu n’es pas beau quand tu pleures, va dans ta chambre!».

L'absence d'émotions à l'âge adulte vient parfois de l'enfance. -Flickr/Donnie Ray Jones
L'absence d'émotions à l'âge adulte vient parfois de l'enfance. -Flickr/Donnie Ray Jones

Ainsi, l’enfant se paralyse, et le corps associe le fait d’éprouver une émotion à une immobilisation. Et cela devient un réflexe. Plus tard, dans sa vie d’adulte, l’individu reproduira ce schéma afin de ne pas se faire humilier à nouveau.

Des solutions pour ressentir à nouveau

Ce comportement entraîne des difficultés d’adaptation au quotidien. Les émotions aident à faire des choix, se diriger, avoir de l’intuition… Être bloqué à ce niveau peut provoquer des difficultés relationnelles car «le seul moment où l’on peut se lâcher, c’est en présence de ses proches», selon la psychothérapeute. «Cela explique pourquoi certains crient sur leurs proches pour libérer la colère qu’ils ont accumulée pendant leur journée de travail par exemple.»

Mais personne n’échappe à ses émotions. «Tout ressort quand même, même 20 ans après», prévient Isabelle Filliozat. Pour se débarrasser de cette épée de Damoclès, il faut réapprendre à ressentir. Benoît Hainaut préconise de rechercher en soi la moindre sensation. «Quand on sent un peu d’émotion, il faut focaliser son attention dessus. Ainsi on reconnecte le sensoriel à l’émotionnel.» Comme un nouvel apprentissage des émotions. Mais il prévient: «Rien de ce que l’on a appris avant ne peut être effacé.» Une complexité des sentiments humains que Facebook aura bien du mal à reproduire avec des émoticônes sur le web.

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