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La restauration collective recycle pour produire du biogaz

Recyclage Dans les cantines collectives, une partie des déchets alimentaires est collectée pour devenir du compost voire du biogaz

Elna Hartman

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Au delà de 10 t par an, les entreprises sont obligées de gérer les déchets organiques.
Au delà de 10 t par an, les entreprises sont obligées de gérer les déchets organiques. — SolStock / Getty Images

Alors que la gestion des déchets organiques est obligatoire pour les entreprises qui en produisent plus de 10 t par an, en pratique, elle est peu mise en œuvre. A La Poste, la transition s’est faite en juin. Un balai dans la main, une toque sur la tête et le visage fatigué, Sylla s’active pour faire briller la cuisine (gérée par Arpège, une filière d’Elior) d’un restaurant collectif de La Poste, en banlieue parisienne. Cela fait trois ans qu’il y travaille et depuis juin, la direction lui demande de trier les déchets alimentaires, « sauf en période de rush, précise sa responsable, car ils n’ont pas le temps ». Dans cet écrin d’inox et de carrelage blanc, les épluchures de carottes et les pizzas non consommées finissent dans le même sac. « Nous ne servons que des produits frais », justifie Arpège. En juillet, cinq tonnes de déchets organiques ont ainsi été triées.

Sylla claque le couvercle de cette poubelle marron, avant de l’emmener rejoindre les quatre autres qui trônent sur un bout de trottoir en attendant d’embarquer pour Stains. Là-bas, dans une usine gérée par Moulinot, s’entasse une partie des déchets alimentaires de la région parisienne, avant d’être traités et recyclés. Au milieu d’une odeur âcre et d’un bruit confus de ferrailles, les camions qui roulent au gaz naturel (GNV) se frayent un chemin pour déverser des barquettes de cantines collectives non consommées, du marc de café ou encore des peaux de pastèques. A l’abri de la lumière, ces déchets attendent d’être emportés par une vis sans fin.

N'oubliez pas de composter

Direction le sas de tri où les déchets organiques et inorganiques sont séparés. « La machine va ensuite les écraser et les hygiéniser en les chauffant pendant une heure », raconte Boubacar Sabely, ouvrier chez Moulinot. Peu après, ces déchets deviennent une soupe jaunâtre à l’odeur peu alléchante. 20 % de cette production part alors en Essonne pour être composté. Le reste servira à la fabrication de biogaz, produit lui aussi en Ile-de-France.

Le retour à la terre

A la rentrée, Lionel Boursaud deviendra le second agriculteur à travailler en partenariat avec Moulinot. Exploitant agricole, il a investi sur douze ans dans un méthaniseur. Une façon pour lui de s’assurer des revenus stables et constants dans un marché céréalier mondialisé. Afin de faire tourner cette structure, les intercultures, ces herbes plantées entre deux productions céréalières, vont servir de base. Pour son exploitation, cela représente entre 200 et 300 ha par an. « Impossible de les donner à des éleveurs, il n’y en a pas dans le coin, et les envoyer à l’autre bout de la France serait trop coûteux », souligne Lionel Boursaud.

Une fois au fond du méthaniseur, des bactéries vont prendre vie dans ces intercultures. « Il ne reste plus qu’à les nourrir avec la pulpe de Moulinot, explique l’agriculteur. Elles vont la manger et créer du biogaz duquel on va extraire du méthane pour le gaz naturel. » Ce qui reste au fond de cette structure, le digestat, une sorte d’engrais riche en azote, sera épandu sur les champs. Une façon pour les épluchures de carottes que Sylla aura triées de revenir à la terre.