Energie: Les ordinateurs sont aussi des radiateurs

Chauffage informatique L’entreprise francilienne Qarnot Computing propose à ses clients des ordinateurs-radiateurs qui permettent d’utiliser la chaleur émise pendant les calculs informatiques

Charlotte Langlais

— 

Les locaux de l'entreprise Qarnot Computing.
Les locaux de l'entreprise Qarnot Computing. — C. Langlade/20 Minutes

Se chauffer au gaz, à l’électrique… ou à l’ordinateur. Ceci n’est pas de la science-fiction mais le projet mené par Qarnot Computing. Basée à Montrouge (Hauts-de-Seine), la start-up a mis au point un radiateur-ordinateur, le QH-1, qui émet de la chaleur en effectuant des calculs informatiques.

Rendez-vous donc au sous-sol d’un grand immeuble francilien, où s’entremêlent unités centrales, baby-foot et… d’élégantes boîtes à chaleur, toutes de noir et de bois vêtues. « Au départ, l’idée était de valoriser la chaleur perdue des serveurs informatiques. On parle de chaleur fatale », explique Quentin Laurens, en charge des relations publiques chez Qarnot. Non pas qu’elle tue, mais elle résulte d’une activité dont ce n’est pas le but premier.

Faire d’un déchet une ressource

« Ce dégagement constitue un déchet informatique », estime Quentin Laurens, que la société entend bien transformer en ressource. Installés dans un salon ou un open space, ses radiateurs intelligents exécutent les opérations informatiques de plusieurs entreprises, dont BNP Paribas. Quentin Laurens les compare à des « sortes de mini data centers ». Autrement dit, des centres de traitements de données.

Le radiateur-ordinateur de Qarnot Computing.
Le radiateur-ordinateur de Qarnot Computing. - C. Langlade/20 Minutes

Chaque machine renferme trois microprocesseurs, reliés au réseau par la fibre optique. Quand ils reçoivent les calculs à effectuer, ces cerveaux de silicium montent en fréquence et produisent de la chaleur ; chaleur qui est ensuite directement diffusée dans la pièce à vivre. Il suffit d’appuyer sur les touches “+” et “-” du radiateur, ou sur celles de son smartphone pour gérer l’appareil à distance. Chaque entité peut chauffer entre 15 et 30 m². Et quand le mercure atteint des sommets, QH-1 sait se faire discret. « L’été, on fait en sorte d’envoyer des filets de calculs qui ne chauffent pas », rassure Quentin Laurens.

Des informaticiens avant tout

Pas question pour autant de devenir chauffagistes, Quentin Laurens y tient : « On est avant tout des informaticiens. » Les locaux de Qarnot parlent d’eux-mêmes. Autour d’un patio se déclinent les différents composants de l’entreprise mère et sa trentaine d’employés. Fer à souder, circuits imprimés, tournevis : dans certaines salles, on se croirait presque en cours de technologie. Et au milieu de tout cet arsenal technique, de l’humain. Marc Hamonic s’occupe du bon fonctionnement du réseau et répond aux appels des locataires en cas de dysfonctionnement : « J’essaie de les aider à distance et je me rends sur place au besoin. » Une proximité qu’il apprécie : « Comme on n’est pas dans une relation d’argent avec les clients, ils nous font confiance et les échanges sont agréables. »

Marc Hamonic, au standard et à la maintenance de Qarnot Computing.
Marc Hamonic, au standard et à la maintenance de Qarnot Computing. - C. Langlade/20 Minutes

A quelques écrans de là, on aperçoit un drôle de laboratoire, une espèce de cagibi où s’alignent les squelettes de plusieurs étagères sur lesquelles sont suspendus des serveurs informatiques. « C’est là qu’on teste les éléments pour voir comment ils réagissent », explique Quentin Laurens. Selon ses dires, la puissance de calcul vendue par la start-up est jusqu’à quatre fois moins chère que leurs concurrents et dispose d’un atout écologique qui n’est pas sans déplaire aux entreprises, notamment pour soigner leur image. Pour les bailleurs, Qarnot Computing met en avant la gratuité du chauffage et de sa maintenance pour les locataires. Une absence de facture supplémentaire censée leur éviter les loyers impayés.

Fibre optique nécessaire

1.000 unités ont déjà été vendues par lots à des bailleurs sociaux, des professionnels et des bâtiments publics, principalement en Ile-de-France et à Bordeaux (Gironde). Mais pas encore à des particuliers, inutile donc de les appeler pour passer commande.

 

La start-up a prévu de lancer d’ici septembre une chaudière numérique, qui, elle l’espère, fera des émules. « Le problème, c’est que certaines personnes ont encore du mal à accepter le fait que l’on puisse se chauffer grâce à l’informatique », analyse Quentin Laurens. Autre bémol : cette technologie reste difficilement applicable aux zones blanches, où la fibre optique est quasi inexistante. De fait, elle constitue avant tout une alternative urbaine.

Les locaux de l'entreprise Qarnot Computing.
Les locaux de l'entreprise Qarnot Computing. - C. Langlade/20 Minutes

Selon RTE, le numérique consomme aujourd’hui environ 40 TWh par an, soit près de 10 % de la consommation d’électricité française. Une manne d’énergie que certaines entreprises, encore peu nombreuses, essaient de « recycler » pour de nouveaux usages.