ENGIE

Samy Engelstein: «Tout le monde se met en ordre de marche»

Interview La production d’énergie solaire photovoltaïque progresse en France, mais part de très loin et ne représente aujourd’hui que 2 % du total

Propos recueillis par Alexis Moreau

— 

Un champ de panneaux solaires.
Un champ de panneaux solaires. — Getty Images

2 % de l’énergie produite dans le monde en 2018, selon l'Agence internationale de l'énergie. Voilà ce que représente l’énergie solaire, générée par l’intermédiaire de panneaux photovoltaïques.

Samy Engelstein.

C’est d’ailleurs à cette deuxième catégorie, celle des panneaux solaires, que nous allons nous intéresser. Samy Engelstein, responsable solaire photovoltaïque au Syndicat des énergies renouvelables fait le point avec nous sur la situation de la France dans ce domaine.

Aujourd’hui, que représente l’électricité solaire dans la production française ?

Sa part est assez modeste, environ 2 %. Une accélération s’est faite avec les installations à partir de 2006. Les tarifs d’achat très incitatifs ont attiré beaucoup de nouveaux acteurs mais ont entraîné la création d’une bulle. Pour y mettre fin le gouvernement Fillon a décrété un moratoire fin 2010, qui a mis un coup d’arrêt à la filière et laissé beaucoup de professionnels sur le carreau. Pour faire simple, le nombre d’emplois dans la filière a été divisé par cinq. Ça reste un souvenir douloureux pour ceux encore présents. Ensuite la filière a redémarré timidement, de telle sorte que nous n’avons pas encore atteint les niveaux de puissance raccordée annuelle de 2011.

La France produisait plus d’énergie solaire en 2011 qu’aujourd’hui ?

Non, disons qu’en 2011 on était à 1,7 gigawatt raccordé par an (ce qui désigne les installations dont le contrat de raccordement est entré en vigueur dans l’année et qui peuvent donc être mises en service). Aujourd’hui c’est moins de 0,9 (862 mégawatts pour être précis).

Quels sont les objectifs de la France ?

La Programmation pluriannuelle de l’énergie PPE (publiée par le ministère de la Transition écologique et solidaire) prévoit pour 2023 de raccorder, sur l’ensemble du territoire, entre 18,2 et 20,2 GW de photovoltaïque. Actuellement nous en avons un peu plus de 9. Donc ça risque d’être assez difficile sachant qu’une révision des objectifs de la PPE est en cours. Le futur cap serait entre 35,6 et 44,5 gigawatts raccordés en 2028. Cela va nécessiter d’aller plus vite, de pouvoir déposer plus d’installations et monter des panneaux sur bâtiment plus rapidement, car il va falloir mettre les bouchées doubles pour y arriver.

Est-il atteignable ? Cela paraît énorme.

Oui, cela paraît énorme, mais beaucoup d’entreprises sont en train d’embaucher. La dynamique est assez favorable et permet d’envisager cette hausse, de manière sereine c’est un peu présomptueux, mais au moins de manière optimiste. Tout le monde se met en ordre de marche. Surtout, il faut savoir qu’une centaine de projets (des centrales photovoltaïques au sol et sur plusieurs hectares) produisent en réalité deux tiers du volume, donc c’est gérable. Ce qui aurait été compliqué, c’est d’atteindre les niveaux souhaités uniquement avec des installations chez les particuliers.

D’ailleurs, ces centrales occupent-elles beaucoup de place ? C’est une crainte fréquemment formulée.

C’est assez modeste à l’échelle du territoire. Grosso modo, si on dit qu’il faut 1 à 2 hectares par mégawatt, les installations au sol prévues pour atteindre les objectifs 2028 provisoires de la PPE représenteront 30.000 à 50.000hectares. Rapportés aux 55 millions que compte la France, c’est peu.

Nous avons évoqué la situation actuelle, parlons un peu du futur. Si la France arrive à atteindre ses objectifs, que pèsera le photovoltaïque dans le mix énergétique français ?

Quelque chose comme 10 % à l’horizon 2030.