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Energie: Dessine-moi une carte de l’Europe du gaz naturel

CONSOMMATION D’un pays à l’autre, les besoins en gaz naturel varient, selon les stratégies énergétiques choisies par les états, les facilités d’approvisionnement ou la présence de gisements à proximité

Pierre Brun

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Le gaz naturel est transporté pour partie à travers les gazoducs.
Le gaz naturel est transporté pour partie à travers les gazoducs. — Getty Images

670 mètres cubes par habitant : ce chiffre, issu du rapport statistique sur l’énergie mondiale de British Petroleum (BP), c’est celui de la consommation moyenne de gaz naturel en France en 2017. Certes, c’est un peu abstrait. Alors comparons donc avec nos voisins pour savoir, dans le domaine du gaz naturel, qui consomme quoi en Europe.

Avec 687 mètres cubes par habitant et par an, l’Espagne a une consommation presque équivalente, alors que le Portugal se situe à 601. Les autres pays d’Europe de l’Ouest se trouvent bien au-dessus : dans l’ordre, l’Allemagne (1.089), l’Italie (1.189), le Royaume-Uni (1.193), la Belgique (1.444) et les Pays-Bas (2.113), plus gros consommateur européen si l’on se rapporte au nombre d’habitants.

Gisement géant aux Pays-Bas

Pour savoir quelles étaient les raisons de ces disparités entre les différents pays européens, nous avons fait appel à Sylvie Cornot-Gandolphe, chercheuse associée à l’Institut français des relations internationales (Ifri) et spécialiste de l’énergie. « La première question à se poser pour comprendre, explique-t-elle, c’est : “Est-ce que le pays dispose de réserves de gaz ?” Les Pays-Bas consomment beaucoup de gaz, tout simplement parce qu’ils exploitent les gisements géants de Groningue depuis leur découverte dans les années 1960. » Ils ont d’ailleurs longtemps été le seul pays européen, avec le Danemark, qui produisait davantage de gaz naturel qu’il n’en consommait.

Ensuite, on a découvert du gaz « en mer du Nord, poursuit-elle, exploité par le Royaume-Uni et surtout la Norvège ». Cette localisation des ressources explique donc la forte consommation de gaz aux Pays-Bas et au Royaume-Uni donc, mais aussi en Belgique et en Allemagne, très proches.

Plus largement, « cette proximité des ressources a été l’un des éléments qui ont amené les Etats à définir leur politique énergétique. En France par exemple, le général de Gaulle, en se basant sur le fait que le pays disposait de très peu de ressources énergétiques, a initié une orientation vers le nucléaire. L’Italie, elle, a fait le choix du gaz. » Et largement en raison de ses liens avec son ancienne colonie, la Libye, pays producteur.

Largement utilisé pour le chauffage

Autre exemple : la Pologne, qui ne consomme « que » 497 mètres cubes de gaz par habitant et par an, reste l’un des pays européens où le charbon, presque partout délaissé, fait de la résistance. Le comparatif entre les pays peut néanmoins connaître quelques variations d’une année sur l’autre, précise néanmoins Sylvie Cornot-Gandolphe, « en fonction de la compétitivité du gaz par rapport à ses concurrents, principalement le charbon ». Mais aussi des conditions climatiques, selon que les hivers sont plus ou moins rigoureux, car le gaz est largement utilisé à des fins de chauffage en Europe, en particulier en France.

Quant à l’avenir, Sylvie Cornot-Gandolphe rappelle que le gaz naturel, « même s’il est moins émetteur de CO2 que le pétrole et le charbon, reste une énergie fossile ». Alors que le charbon, on l’a vu, n’a plus la cote, et que les énergies renouvelables gagnent du terrain, l’Europe du gaz ne manque pas d’enjeux dans ses tuyaux.