ENGIE

Energie: Il était une fois le «gaz de ville»… à tous les étages

Dans les tuyaux Alors qu’il a été supplanté par le gaz naturel depuis des décennies, le «gaz de ville» continue de peupler notre univers mental. On vous explique pourquoi

Alexis Moreau

— 

Le «gaz de ville» a longtemps alimenté les foyers avant d'être remplacé par le gaz naturel.
Le «gaz de ville» a longtemps alimenté les foyers avant d'être remplacé par le gaz naturel. — Getty Images

Que ce soit dans les vieux films ou les discussions avec ses grands-parents, l’expression « gaz de ville » reste présente dans la langue française. Pourtant, cela fait un bout de temps, depuis la fin des années 1950, que ce terme ne correspond plus à grand-chose. Il en reste néanmoins quelques traces, comme les petites plaques bleues fixées aux murs des immeubles portant la célèbre mention « gaz à tous les étages ».

Michel Roux, le président de la Flamme européenne du gaz (Afegaz), une association qui milite pour la protection du patrimoine gazier, rappelle que ces instructions étaient « un argument publicitaire utilisé par les architectes qui concevaient ces immeubles. Cette fameuse plaque bleue était le reflet de logements grand confort. » Nous sommes à la fin du XIXe siècle, un temps où avoir « le gaz à tous les étages » n’était pas quelque chose de commun. D’autant plus que celui-ci n’était pas extrait des entrailles de la terre, mais créé par les hommes. Oui, oui.

Usines à gaz à Paris

Egalement appelé gaz de houille, il émanait d’usines et était obtenu grâce à la distillation du charbon. Une idée que nous devons en bonne partie à Philippe Lebon (le chimiste, pas le Duc de Bourgogne). « Il a commencé à travailler en 1799 sur le sujet, mais n’a mis ses idées en pratique qu’en 1800. » Les premières usines à gaz sont créées à Paris vingt ans plus tard et le quartier des Ternes, dans le 17e arrondissement, fut le premier à sortir de l’ombre. « Pendant 50 ans, ce gaz fut uniquement destiné à l’éclairage public, en remplacement des lampes à huile. Il faut attendre 1850 pour le voir monter dans les étages des logements et des bâtiments ».

Ce dernier prit au passage le surnom de « gaz de ville », car aucun gazoduc ne traversait les champs et les plaines pour offrir le progrès aux campagnes : « Tout était produit localement et chaque agglomération, même modeste, avait son usine à gaz, comme chaque village avait son église, ajoute Michel Roux. En 1872, 500 villes en France étaient déjà éclairées par ce biais. »

Monoxyde de carbone et dihydrogène

Des inventeurs vont ensuite profiter de cette nouvelle source d’énergie pour créer toutes sortes de nouveaux objets. La cuisinière à gaz va faire son apparition, comme le fer à repasser ou le casque sèche-cheveux. Sauf que le gaz de ville n’était pas sans danger. Le monoxyde de carbone et le dihydrogène, deux éléments de sa composition, toxique dans le premier cas, très inflammable dans le deuxième, ont été la source de nombreux drames. « Pourtant le gaz n’a pas souffert des risques qu’il engendrait, précise Michel Roux. Le réseau a toujours poursuivi son développement malgré les risques. » C’est  la découverte du gisement de gaz de Lacq (Pyrénées-Atlantiques) qui va porter un coup fatal au gaz de houille.

Moins inflammable, moins toxique et moins polluant, le gaz naturel va s’imposer dans tout le pays à la fin des années 1950. « Dès l’instant que nous avons eu un gaz qui sortait de terre sans avoir à travailler, c’était la mort annoncée des usines à gaz. » La dernière du genre, située à Belfort en Franche-Comté, a fermé ses portes en 1971. Signe de la fin d’une époque, aucun promoteur immobilier ne prend plus la peine de préciser que dans son immeuble on trouve « le gaz à tous les étages ».