Les amateurs de SF reconnaîtront sûrement le concept. La mémoire génétique ou l’idée selon laquelle chacun a dans ses gènes la clé des souvenirs de ses ancêtres. Une notion qui plaît aux auteurs (Dune, Stargate SG1, ou plus récemment Assassin’s Creed) comme aux publics de SF, mais reste loin de toute réalité scientifique.

Le maître de conférences en histoire de la médecine Jérôme Goffette se montre clair. «On voit mal comment des souvenirs seraient transmis par les gènes.» Il nuance cependant, «on sait en revanche que des caractéristiques épigénétiques peuvent être transmises». L’épigénétique, explique Claire Rougeulle, directrice de recherche au CNRS en épigénétique justement, correspond à «tout ce qui se réfère à des changements d’expression des gènes sans être portés par des changements d’ADN».

La mémoire épigénétique

Le rapport avec la mémoire? Claire Rougeulle parle précisément de «mémoire épigénétique». A titre d’exemple, elle évoque notamment «la grande famine» qui a touché les Pays-Bas en 1944. «Les individus en gestation au moment de la famine sont impacté par le stress subi par la mère. Même à l’âge adulte, ils présentent encore des troubles métaboliques et cardiovasculaires.» La séquence ADN en elle-même n’est pourtant pas altérée, il s’agit donc d’épigénétique.


Dans cet exemple, la transmission ne concerne qu’une seule génération. Pourtant, l’épigénéticienne évoque une autre étude, réalisée cette fois sur des rongeurs. L’expérience consistait à «sensibiliser des souris à une odeur en leur envoyant un choc électrique». Résultat, les animaux évitaient la source de l’odeur en question. Plus intéressant encore, «même les générations suivantes qui n’ont pas connu le stress peuvent avoir une mémoire de ce dernier». Comprendre, les descendants des souris tests évitent aussi la source de l’odeur, même sur plusieurs générations. Un héritage qui n’est pas encore totalement expliqué par la science.

En SF, l’inspiration vient de la science

Vous l’aurez compris, la notion de mémoire génétique est bien plus complexe que l’aspect présenté dans divers ouvrages de SF où il est possible de revivre les souvenirs de ses ancêtres. D’où provient donc l’intérêt des auteurs pour un concept aussi éloigné de la réalité? Déjà, Ugo Bellagamba, auteur de SF et ancien directeur artistique du festival de SF Utopiales, estime que le concept de mémoire génétique est «assez typique des années 1980 et 1990». D’après lui, «la SF se nourrit toujours des découvertes et des images de la science».

Selon l’auteur, «à l’époque, on pensait que l’espace n’offrait plus d’issue». Il attribue l’origine de la notion de mémoire génétique à la découverte en 1953 par l’Américain James Watson de la structure de l’ADN. «Après ça de nombreux auteurs se sont penchés sur la biologie et les possibilités de la manipulation génétique.»

Un nouveau champ de possible

Pour l’ancien directeur artistique du festival Utopiales, l’intérêt du concept de mémoire génétique pour le romancier est multiple. Pêle-mêle, il évoque «le mythe du surhomme», dont les X-men et compagnie sont aujourd’hui les héritiers et surtout, le fait que «ça offrait un champ d’exploration fou! Les lecteurs étaient fascinés par les possibilités que la notion renfermait».


Jérôme Goffette, qui s’intéresse aux liens entre science et SF, souligne quant à lui «l’idée d’avoir accès à la totalité de la culture humaine passée et d’avoir une forme d’immortalisation». Ajoutons à cela la perspective «qu’en nous se trouverait un secret à découvrir», et vous obtiendrez un «ressort romanesque très puissant».

Vous l’aurez sûrement remarqué, la science fiction ne s’appelle pas science pour rien. Bien souvent, comme ici dans le cas de la mémoire génétique, elle s’inspire des avancées scientifiques pour explorer de nouveaux territoires. Mais elle ne s’appelle pas fiction inutilement non plus. Car elle dépasse et de beaucoup, le cadre réel ou du moins actuel des découvertes humaines.

>>>Retrouvez tous nos articles consacrés aux templiers et à l'inquisition dans le cadre de la sortie au cinéma d'Assassin's Creed, le 21 décembre.