Tomas de Torquemada, une figure d'horreur dans la culture populaire

Histoire La personnalité du premier grand inquisiteur espagnol fascine bien plus les dramaturges que les historiens...

Céline Pion

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Tomas de Torquemada en pleine inquisition.
Tomas de Torquemada en pleine inquisition. — MARY EVANS/SIPA

Torquemada : en près de six siècles, ce nom est devenu synonyme d’horreur, de cruauté et de fanatisme religieux. La faute à qui? À l’inquisition espagnole sûrement, dont il a été le premier grand inquisiteur général. À la rigidité du personnage peut-être, puisqu’il a montré une hostilité sans égard envers le peuple juif. Mais pourtant, si l’on se penche sur ce XVe siècle loin d’être tendre, des archevêques tels que Francisco Jiménez de Cisneros ou Fernando de Valdé n’étaient pas non plus des figures de tolérance.

Alors comment le confesseur de la reine Isabelle de Castille et du roi Ferdinand II d’Aragon est il devenu un si mauvais bougre? Pour décrypter le mythe, il faut peut-être se tourner vers la grande imagination des dramaturges et auteurs qui lui ont succédé. Un cortège de conteurs qui semble avoir créé, presque de toute pièce, le monstre Torquemada.

«Il y a une véritable légende autour de Tomas de Torquemada»

Depuis sa mort en 1498 et jusqu’à aujourd’hui encore, la personne de Tomas de Torquemada est devenue un personnage dans la culture populaire. Victor Hugo est l'un des premiers à lui consacrer une pièce de théâtre éponyme. Dans Torquemada, l’inquisiteur qui impose déjà sa religion par la terreur a aussi le toupet de commettre un double infanticide. Plus récemment encore, dans le comics Requiem, chevalier vampire de Pat Mills et Olivier Ledroit, Torquemada est carrément représenté en loup-garou aux dents ensanglantées.

Et le cinéma, lui aussi, y va de son petit hommage. En inquisiteur ridicule dans La folle histoire du monde, de Mel Brooks ou plus récemment, et dans son propre rôle cette fois, vu par le réalisateur Justin Kurzel dans Assassin’s CreedEn bref, sur les planches, au travers des pages ou derrière l’écran, Torquemada fascine et semble un peu plus inhumain à chaque apparition.

«Il est devenu un mythe littéraire mais cela ne correspond pas à la réalité historique»

Pourtant, pour Alain Tallon, professeur d’histoire politique et religieuse de la première modernité à l’Université Paris-Sorbonne, cette réputation est galvaudée. «Le mythe littéraire qui entoure Tomas de Torquemada ne correspond en rien à la réalité historique», affirme-t-il. Si, pour cet expert de l’inquisition espagnole, le grand inquisiteur est devenu un symbole de cruauté, «c’est que beaucoup ont oublié de replacer le personnage dans son contexte historique».

«Nous sommes en pleine inquisition espagnole et Torquemada n’est ni plus ni moins qu’un fonctionnaire.» En d’autres termes, M. de Torquemada ne fait que son travail et nombreux sont ceux qui ont fait de même à cette période. Une période pendant laquelle «le christianisme aurait renoncé à son idéal pour se transformer en machine fanatique», explique l’historien. Ce qui n’est, en soi, pas la faute de Torquemada.

«Torquemada, ce n’est ni plus ni moins qu’un fonctionnaire»

«C’est un fanatique parce que sa motivation est religieuse mais il demeure sous l’égide de l’état», rappelle Joseph Pérez, historien et auteur de Brève histoire de l'Inquisition en Espagne, édité chez Fayard. Torquemada n’était donc pas «plus monstre, plus fanatique, plus sadique qu’un autre inquisiteur de l’époque. Il avait une tâche à accomplir à la demande de l’état, ce qu’on en pensait à l’époque et encore aujourd’hui, c’est de l’ordre du jugement moral.»

Tueur ordinaire, pas meilleur et pas pire qu’un autre inquisiteur, Torquemada va continuer de fasciner les dramaturges pour être sorti du lot, pour d’autres raisons pas plus glorieuses. Mais une chose est certaine, il ne semble pas terroriser plus que cela les historiens.

>>>Retrouvez tous nos articles consacrés aux templiers et à l'inquisition dans le cadre de la sortie au cinéma d'Assassin's Creed, le 21 décembre.