La petite frappe devenue ennemi public numéro 1

Portrait James 'Whitey' Bulger, figure historique du crime organisé de Boston, fascine toujours l'Amérique...

Stella Devin
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En 1984, Whitey Bulger règne sur la mafia irlandaise de Boston.
En 1984, Whitey Bulger règne sur la mafia irlandaise de Boston. — AP/Sipa

James Whitey Bulger, ce nom ne vous dit rien? Et pourtant, aux Etats-Unis, c’est «une véritable légende», note Fabrizio Calvi, journaliste d’investigation, auteur du livre «FBI: L’histoire du bureau par ses agents» (Editions Fayard) et qui prépare une grande enquête sur Whitey Bulger. Aujourd’hui âgé de 86 ans, en prison depuis 2013 après une cavale de 16 ans, il intrigue les journalistes et inspire les auteurs depuis des années. De nombreux livres d’enquête lui ont été consacrés.

Et, durant ses années de fuite, il est aussi devenu un héros de fiction. Franck Costello, le personnage incarné par Jack Nicholson dans le film de Martin Scorsese «Les Inflitrés» est directement inspiré de Whitey. En 2006, la chaîne Showtime a lancé la série «Brotherhood» qui met en scène la vie de deux frères, l’un mafieux, l’autre homme politique. Aujourd’hui, c’est Johnny Depp qui entre dans la peau de Whitey Bulger dans «Strictly Criminal», de Scott Cooper, basé sur l’enquête des journalistes Dick Lehr et Gerard O’Neill. Cette fascination pour Bulger est directement liée à son profil atypique dans l'univers du crime organisé.

Whitey Bulger, le psychopathe

Dans les années 60, il entame son ascension vers la tête du crime organisé de Boston. «Whitey avait compris la mécanique du pouvoir, en particulier dans le monde de la mafia. C’est un psychopathe qui connait la différence entre le bien et le mal mais qui s’en moque. Il était capable de tout, même du plus monstrueux, pour atteindre son but», analyse Dick Lehr. La personnalité de Whitey Bulger a fasciné l’Amérique, «sa fuite a captivé les Américains», raconte Fabrizio Calvi.

Whitey Bulger en 1959, lors de son incarcération à Alcatraz.- David Boeri Archives/AP/Sipa
Whitey Bulger en 1959, lors de son incarcération à Alcatraz.- David Boeri Archives/AP/Sipa

C’est l’aura de mystère et le parfum de scandale qui l’entoure qui ont passionné les foules, car il n’était pas un mafieux comme les autres. «Il n’avait pas le style de vie tape-à-l’œil des autres chefs de gang, remarque Dick Lehr, journaliste américain et co-auteur de l’enquête 'Strictly Criminal' (Editions Hugo&Cie). Pas de villa, pas de limousine. Avoir du pouvoir était plus satisfaisant pour lui que de posséder des biens matériels.»

Contrairement aux autres chefs de gang, Whitey Bulger n’a jamais hésité à tuer de ses propres mains, «faisant ainsi passer le message qu’il pouvait exécuter n’importe qui, n’importe quand», analyse Dick Lehr. Fabrizio Calvi complète: «Il avait une grande habilité à corrompre. Et, même s’il est irlandais, il fonctionnait comme les siciliens. Ses buts étaient de contrôler son territoire et de se trouver des protections.»

Whitey Bulger, l’informateur

Whitey Bulger en 2011.- AP/Sipa
Whitey Bulger en 2011.- AP/Sipa

Parmi les objets du scandale, sa relation avec le FBI. En effet, dès 1975, il devient informateur pour le Bureau, grâce à John Connolly, un ami d’enfance avec qui il a grandi à Southie. L’affaire est découverte en 1988 par Dick Lehr et Gerard O’Neill, alors journalistes pour le Boston Globe. «Des sources dans différents instances de la police nous disaient que le fait que Whitey n’ait jamais été arrêté n’était pas naturel, se souvient Dick Lehr. Ils suspectaient le FBI de l’aider. Nous avons creusé, posé des questions et finalement, des sources internes au FBI nous ont confirmé que Whitey était un informateur depuis de nombreuses années.» Mais, durant tout ce temps, c’est bien Bulger qui mène la danse, comme l’explique Dick Lehr: «L’un des aspects du génie de Whitey est d’avoir fait croire à Connolly que le FBI dirigeait la relation. Mais la vérité, c’est que dès le début, Bulger était le maître de ce duo. Lorsque Connolly a commencé à accepter son argent et ses cadeaux, qu’il lui a révélé des secrets gouvernementaux, Whitey a su qu’il le tenait par la gorge.»

En 1995, Whitey s’enfuit, prévenu par ses contacts qu’il sera bientôt arrêté. Durant seize ans, le FBI court après Whitey Bulger, qui se cache notamment en Californie. «Sa fuite a fasciné l’Amérique», se souvient Fabrizio Calvi. Il a su développer un grand «sens de la survie» selon le journaliste français. Une cellule spéciale est mise en place au sein du Bureau. Des centaines de milliers de dollars sont dépensées. Sa tête est mise à prix.

Le FBI annonce la capture de Whitey Bulger lors d'une conférence de presse le 23 juin 2011. -Reed Saxon/AP/Sipa
Le FBI annonce la capture de Whitey Bulger lors d'une conférence de presse le 23 juin 2011. -Reed Saxon/AP/Sipa

En 2011, après la mort de Ben Laden, il passe à la première place de la liste des hommes les plus recherchés des Etats-Unis. Il est finalement arrêté avec sa compagne Catherine Greig en juin 2011 grâce au témoignage d’un voisin du couple.

James Whitey Bulger lors de son procès à Boston en 2013.- Jane Flavell Collins/AP/Sipa
James Whitey Bulger lors de son procès à Boston en 2013.- Jane Flavell Collins/AP/Sipa

En 2013, Whitey Bulger est condamné à deux peines de prison à perpétuité plus cinq ans. Il est reconnu coupable de 31 chefs d’accusation sur 32, dont 11 meurtres. Les témoins se succèdent à la barre, mais il refuse d’avouer sa collaboration avec le FBI. Whitey Bulger a fait appel de sa condamnation, l’histoire est loin d’être terminée…

>>> Retrouvez l’ensemble de nos articles sur le crime organisé, réalisé dans le cadre de la sortie en salle, le 25 novembre, du film «Strictly Criminal»