Les vrais criminels, ces stars de cinéma

grand écran Malsains, calculateurs et réels, ils sont bien plus terrifiants que des personnages inventés de toute pièce...

Christine Ludwig
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Al Pacino interprète le trafiquant de drogue Tony Montana dans le film Scarface.
Al Pacino interprète le trafiquant de drogue Tony Montana dans le film Scarface. — 20 minutes - Magazine

Ils sont sans pitié, glaçants et, en plus, ils ont réellement existé. Les vrais criminels n’ont cessé d’inspirer les réalisateurs de films. Pourtant, les cinéastes pourraient imaginer le pire des sérial killers, qui cumulerait tous les vices. Alors pourquoi continuer à s’inspirer de véritables histoires criminelles?

«Quand on va voir un film, c’est toujours plus angoissant quand on sait que c’est adapté de faits réels. D’autant que le truand ne finit pas toujours par être coincé, comme dans Zodiac de Fincher», explique Philippe Guedj, rédacteur en chef du site DailyMars. Les réalisateurs connaissent déjà souvent l’univers du criminel à l’écran grâce aux articles de journaux sortis à l’époque où il sévissait. Une fascination qui se nourrit avec le temps. «Ça fait appel à la mémoire des gens. Moi j’étais adolescent au moment de l’affaire Guy Georges et j’ai développé une curiosité naturelle  pour cette affaire», poursuit-il.

Une fascination morbide

Car ces histoires plaisent aussi au public. David Honnorat, rédacteur en chef du magazine en ligne Vodkaster, souligne l’attirance des cinéphiles pour les histoires qui font froid dans le dos. «Le spectateur veut s’encanailler avec le crime, sans pour autant se mettre en danger. Alors même si c’est par procuration, il peut satisfaire sa fascination morbide pour le crime.»

Il faut savoir combler cette curiosité correctement, avec un acteur principal à la hauteur des attentes du public. «Le point fort, c’est l’interprétation du rôle. Ça doit être une vraie performance.  Pour reprendre l’exemple du Guy Georges, Adama Niane incarne parfaitement le meurtrier dans le film l’Affaire Sk1», précise Philippe Guedj.

Le gangster tragique

Le rôle-titre va parfois plus loin que la simple illustration du mal. Les vrais gangsters portés à l’écran permettent aussi de faire une analyse de la société, comme la déchéance de Tony Montana qui incarne le rêve américain brisé dans Scarface. «Le criminel est une figure romanesque. Il est peu à peu devenu un personnage tragique qui synthétise les maux de la société», poursuit-il.

Mais le parcours d’un criminel ne suffit pas toujours à passionner les cinéphiles. Le film de gangster s’est construit un genre à travers le temps. Et les réalisateurs qui se frottent au sujet ont tout intérêt à ne pas négliger certains codes pour qu’un criminel reste fascinant.

«L’essentiel est de ne pas coller directement à la réalité, sinon le film se transforme en une sorte de biopic ennuyeux. Or le public aime moins les adaptations biographiques que les vrais films de gangsters», souligne David Honnorat. Entre bagarres, coups de feu et atmosphère sombre, le récit du film doit être bien rythmé pour tenir le spectateur en haleine.

«Les réalisateurs qui s’en sortent le mieux sont ceux qui ne font que s’ inspirer des faits réels, comme les Cohen ou les Scorcese. Ils produisent quelque-chose qui répond aux attentes du public», conclut Philippe Guedj. Même les plus grand criminels ne gagnent leur prestance à l'écran que grâce à la réalisation.

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