Les «meilleures» excuses données après un scandale

Crédible Pour répondre à une accusation dans le cadre d'un scandale, certains ne manquent pas d'imagination...

Thierry Weber
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Ryutaro Nonomura, ancien député japonais, avait fondu en larmes en 2014 en présentant des excuses officielles, alors qu'il était accusé de détournement de fonds.
Ryutaro Nonomura, ancien député japonais, avait fondu en larmes en 2014 en présentant des excuses officielles, alors qu'il était accusé de détournement de fonds. — Tomomi Asano/AP/Sipa

On réagit tous différemment aux mensonges. Surtout quand on est le menteur en question. On se souvient tous de ce député japonais qui avait fondu en larmes en 2014 alors qu’il s’expliquait sur des détournements de fonds présumés. Mais tout le monde n’a pas sa franchise.

Le malade imaginaire

Secrétaire d’Etat chargé du commerce extérieur, du développement du tourisme et des Français à l’étranger, Thomas Thévenoud ne l’est pas resté très longtemps. L’élu PS est nommé à ce poste le 26 août 2014, avant de démissionner neuf jours plus tard. En cause, Thomas Thévenoud avait «omis» de déclarer ses revenus et de payer ses loyers pendant trois ans. Mais ne lui jetons pas la pierre trop vite, s’il a eu des déboires avec le fisc, c’est parce que l’éphémère secrétaire d’Etat souffre de «phobie administrative». Une fausse vraie condition sur laquelle il revient au micro de RTL en août dernier, avouant à contrecœur que «ce n’était sans doute pas une bonne excuse».

Ce n’est pas moi, c’est l’autre

Charles Pasqua, ancien ministre de l’Intérieur, est mis en cause dans l’affaire de la vente d’armes à l’Angola. Son chef d’accusation, «trafic d’influence passif» et «recel d’abus de bien sociaux». On lui reproche d’avoir remis l’ordre national du mérite à Arcadi Gaydamak, principal intermédiaire entre l’Angola et la société écran ayant servi à la vente d’armes, et d’avoir remis 1,5 million de francs à une association liée à la vente d’arme. Condamné en première instance en 2009 à trois ans de prison dont un an ferme, il fait appel de la décision pour être rejugé en 2011. A cette occasion, il nie toute implication dans l’affaire, et fait plutôt porter le chapeau à Jacques Chirac. «Chirac avait donné les instructions nécessaires», dit-il lors de l’audience. L’ancien ministre est relaxé en appel.

Ascenseur émotionnel

Il s’agit sans doute de l’une des plus grosses faillites ayant touché les Etats-Unis. Au sommet de sa gloire, la société Enron, numéro un mondial du courtage en énergie, accuse le coup quand Jeffrey Skilling, PDG depuis à peine six mois, quitte le navire. Très vite, l’entreprise annonce des pertes et il apparaît que son apparente santé économique reposait surtout sur des opérations qui n’apparaissaient pas sur les comptes. Jeffrey Skilling, entre autres, est accusé de «complot dans les manipulations comptables». Plaidant non coupable, l’ancien PDG apparaît d’abord nerveux et émotionnel, évoquant d’abord une dépression alcoolisée suite au dépôt de bilan de l’entreprise, avant de perdre patience au tribunal. «Le Washington Post» le décrit rouge de colère, et évoque un moment de l’audience où l’accusé coupe la parole à un avocat pour intimer à la cour, «non, ne passons pas à autre chose».

Le silence vaut mieux que mille mots

L’affaire est révélée par «le Canard Enchaîné» le 10 octobre 1979. Le journal satirique accuse le Président d’alors, Valéry Giscard d’Estaing, d’avoir reçu des diamants de Jean-Bedel Bokassa, futur Bokassa 1er de Centrafrique. Or le cadeau a été reçu en 1973, quand VGE était ministre des Finances, et l’hebdomadaire se demande s’il l’a déclaré à la douane. A cette interrogation, VGE commence par répondre avec un silence méprisant. Quelques semaines plus tard il accepte enfin d’aborder le sujet devant des journalistes d’antenne 2, mais de manière élusive, avant de conclure son intervention par une phrase qui manifeste son envie de garder le silence: «Il faut laisser les choses basses mourir de leur propre poison.»

Rongé par les remords

«Je suis responsable de la mort de mon fils Mark, et c’est très, très difficile.» Légende déchue de Wall Street, Bernard Madoff avait plaidé coupable lorsqu’il s’était retrouvé accusé de fraude boursière. Sa société Bernard L. Madoff Investment Securities avait la mauvaise habitude de rémunérer les investisseurs grâce à l’apport financiers d’investisseurs plus récents. Coût de la manœuvre: 50 milliards de dollars. Contacté par CNN Money en 2013, Bernard Madoff estime donc que le suicide de son fils Mark lui incombe. Il affiche aussi de nombreux remords par rapport aux victimes de sa spéculation, et semble avoir été dépassé par les événements. «Je pensais pouvoir me sortir de cette situation mais cela n’a fait qu’empirer, et je n’avais pas le courage d’avouer ce que j’avais fait», a-t-il confié lors de cette interview. Bernard Madoff purge à l’heure actuelle une peine de 150 ans de prison.

>>>Retrouvez notre dossier consacré aux "Lanceurs d'alertes", dans le cadre de la sortie au cinéma, le 9 mars, du film "Seul contre tous".