7 lanceurs d'alerte qui ont changé la face du monde

vérité Ils ont découvert des secrets d'Etat, et se sont battus seuls pour faire faire la lumière sur ces scandales...

Thierry Weber

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Particulièrement célèbre et polémique, Edward Snowden a dévoilé une affaire de surveillance par la NSA.
Particulièrement célèbre et polémique, Edward Snowden a dévoilé une affaire de surveillance par la NSA. — Mike Mozart/Flickr

Ils étaient seuls. Face à eux, des grandes entreprises, des lobbies, ou même des Etats. «Lanceur d’alerte, ce n’est pas un métier, pas une vocation, c’est une situation. Quelqu’un qui se rend compte qu’il y a un dysfonctionnement important et que les voies pour le dénoncer ne fonctionnent pas», définit Glen Millot, coordinateurs de l’association anti-corruption Sciences citoyennes. Qu’ils soient lanceurs d’alerte ou des journalistes, ces hommes et ces femmes ont permis de dévoiler des affaires qui ont fait trembler les grands. La preuve par sept.

Nicole-Marie Meyer contre le Ministère des affaires étrangères

«En fait c’est surtout difficile d’accepter que cela se soit passé», commente-t-elle la voix chargée d’émotion. Avant de s’engager à l’ONG Transparency International France, Nicole-Marie Meyer a donné l’alerte. C’était en 2004. Employée du Ministre des affaires étrangères (MAE), elle prend de nouvelles fonctions de diplomate en Afrique. «J’ai remarqué d’assez graves dysfonctionnements en gestion: soixante-et-une personnes travaillaient sans contrat de travail, sans caisse d’assurance maladie, sans retraite», décrit-elle. Reléguée à un poste de seconde zone, elle découvre une affaire de faux et usage de faux dont elle parle aussi malgré des menaces, jusqu’à se faire renvoyer. Mais son militantisme et son courage débouchent en 2013 sur «une loi qui édicte que tout agent public ou privé est protégé s’il signale un crime ou un délit», résume-t-elle. L’ancienne employée du MAE continue de s’investir dans l’ONG Transparency international afin de faire progresser les législations protégeant les lanceurs d’alerte de par le monde.

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Marty Baron et les journalistes du «Boston Globe»

En 2001, une victime d’un acte de pédophilie commis par un prêtre du diocèse de Boston aux Etats-Unis parle aux quatre journalistes de Spotlight, la cellule d’investigation du quotidien «Boston Globe». Avec le soutien de leur rédacteur en chef Marty Baron, ces derniers mettent en cause 90 des prêtres de Boston, malgré les nombreuses portes fermées par les pouvoirs locaux. Leur combat a été récompensé par un prix Pulitzer, et adapté au cinéma.

Erin Brockovitch contre la Pacific gas & electric company

En 1991, cette assistante juridique d’un cabinet d’avocat commence d’enquêter sur la Pacific gas & electric company (PG&E). Elle découvre que l’entreprise utilise du chrome hexavalent, un anticorrosif très toxique qui a contaminé le réseau d’eau potable de la ville d’Hinkley en Californie, responsable de nombreux cancers. Au total, les 660 plaignants réunis par Erin Brockovich obtiendront 333 millions de dollars de dommages et intérêts. Depuis, forte de la renommée qui lui a valu un film sur son histoire, signé Steven Soderbergh, la militante a fondé sa propre entreprise, Brockovich Research & consulting, qui poursuit l’instruction d’affaires similaires.

Bennet Omalu contre le lobby du football américain

Lorsque Mike Webster, un célèbre joueur de football américain arrive mort sur sa table d’autopsie en 2002, le médecin-légiste Bennet Omalu découvre l’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), une condition cérébrale qui touche les footballeurs à cause des chocs qu’ils reçoivent en jouant. Le lobby du football refuse de reconnaître les preuves pendant sept ans. Bennet Omalu obtient finalement gain de cause lorsque la National football league (NFL) reconnaît la corrélation entre l’ETC et la pratique du football en décembre 2009. Le docteur exerce toujours en Californie. Un film où il est incarné par Will Smith lui est dédié.

Edward Snowden contre les Etats-Unis

Ancien employé de la NSA et de la CIA, Edward Snowden a révélé en juin 2013 que la NSA recueillait  des informations mondiales en surveillant Internet et des téléphones portables. Pour Nicole-Marie Meyer, chargé de mission à l’ONG anti-corruption Transparency international, le cas d’Edward Snowden est particulier. «C’est un lanceur d’alerte qui s’est engagé au secret défense. C’est pour ça que certains le considèrent comme un traître», explique-t-elle. Accusé d’espionnage, Edward Snowden se réfugie en Russie. Le 20 février dernier, il déclare être prêt à rentrer aux Etats-Unis si le gouvernement lui «garantit un procès équitable».

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Michael Woodford contre le groupe Olympus

En avril 2011, l’anglais Michael Woodford est nommé à la direction générale du groupe Olympus. Il est alerté d’une affaire louche autour du rachat à prix d’or par Olympus de petites entreprises et du versement de commissions à des sociétés basées aux îles Caïman à la fin des années 2000. Il demande des explications au président d’Olympus M. Kikukawa, ce qui lui vaut d’être renvoyé en octobre 2011. Michael Woodford décide alors d’alerter les médias de cette fraude d’1,7 milliards de dollars. L’ancien PDG est aujourd’hui devenu consultant en gouvernance corporative.

Antoine Deltour contre le gouvernement luxembourgeois

En octobre 2010, cet ancien employé du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) trouve des documents mettant en cause le gouvernement luxembourgeois dans des accords fiscaux passés avec de grandes multinationales, dévoilant ainsi l’affaire Luxleaks. «Il est allé voir un journaliste, il ne savait pas quoi faire de ça. Le journaliste a rendue l’information publique sans son accord. Aujourd’hui le Luxembourg attaque Antoine Deltour, il risque la prison», regrette Glen Millot. La réponse lors de son procès qui débutera le 26 avril prochain.

>>>Retrouvez notre dossier consacré aux "Lanceurs d'alertes", dans le cadre de la sortie au cinéma, le 9 mars, du film "Seul contre tous".