On sent bien le fruit !

Comment réduire l'impact environnemental du vin ?

ENJEUX Réduction des intrants, des déchets, recours plus raisonné aux pesticides, grammage du verre des bouteilles revu à la baisse... Toutes les pistes sont explorées

Céline Pion
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La nouvelle génération de viticulteurs, plus alerte sur les enjeux environnementaux, participe activement à la diffusion de pratiques vertueuses.
La nouvelle génération de viticulteurs, plus alerte sur les enjeux environnementaux, participe activement à la diffusion de pratiques vertueuses. — Getty Images

Des raisins et de la colère. Depuis le 2 février 2016, date diffusion de l’épisode 4 de la saison 4 de l'émission Cash Investigation sur France 2, le monde viticole est pointé du doigt par de nombreux anti-pesticides. On découvre cette année-là, dans le programme phare d’Elise Lucet, qu’en France, les cultures de vignes représentent près de 20 % de la quantité totale de pesticides utilisés chaque année.

Face à la levée de boucliers de l’opinion publique, mais aussi et surtout, à l’inévitable urgence due au réchauffement climatique, la viticulture productiviste n’a plus de raison d’être. Alors que l’objectif de nos vignerons devient d’atteindre la neutralité carbone le plus rapidement possible, comment s’y prennent-ils pour réduire l’impact en CO2 de nos verres de vin ? On vous propose de faire le point.

Privilégier les produits naturels

« Face à l’urgence climatique, nous avons entrepris notre conversion vers le bio il y a trois ans », nous confie Loïc Alazard, vigneron pour la maison familiale, le Domaine les Sibu. Pour ce jeune viticulteur passionné, dont deux de ses trois vins ont l’AOC Côtes-du-Rhône Village Sablet, réduire l’impact environnemental passe forcément par une certification en vin bio.

Méthode paysanne, gestion à l’économie… Si son père, et son grand-père avant lui, avaient toujours exploité leurs terres et leurs vignes dans le sens de l’écologie, c’est aujourd’hui sur la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires que Loïc axe son travail. « Nous sommes passés d’un système préventif à un système curatif et nous avons ainsi réduit drastiquement notre utilisation de pesticides. » Face à l’oïdium (aussi appelé « pourriture blanche ») et au mildiou, « les deux champignons ennemis de la vigne », le viticulteur doit à présent se contenter d’un traitement en amont de la pousse, la condition sine qua non à une labellisation bio.

Mais une viticulture biologique rime-t-elle toujours avec une réduction de l’impact écologique ? « Pas forcément », nous confie Eric Chantelot, responsable de la protection du vignoble pour l’Institut Français de la Vigne et du Vin (IFV). « Le principe d’une agriculture bio est d’abandonner les produits issus de la pétrochimie à la faveur de ceux d’origine naturelle, comme le cuivre ou le soufre », nous explique le professionnel.

« Le paradoxe est que certains polluent énormément, c’est le cas du cuivre par exemple. » Pour Eric Chantelot, pour réduire l’impact environnemental de ces produits, il faut donc s’appliquer à les utiliser correctement. « Modéliser l’arrivée des agresseurs pour vaporiser au bon moment et affiner les méthodes d’application pour pulvériser au bon endroit permettrait déjà de réduire considérablement l’utilisation des pesticides. »

Une bouteille loin d’être innocente

Une diminution de l’usage des produits phytosanitaires ne réglerait pas pour autant le problème de l’impact environnemental de la culture viticole. À en croire les derniers chiffres de l’Ademe (l’agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie), 46 % des émissions de CO² associées à la production d’une bouteille de vin seraient liées à la bouteille en verre elle-même (entrent en compte sa fabrication ainsi que son transport). Une réalité que nous confirme Eric Chantelot, mais pour laquelle des solutions existent déjà. « Une façon simple et peu coûteuse de réduire la pollution issue des bouteilles serait de réduire leur grammage en verre. »

S’il s’agit simplement de réduire le poids du contenant, la plupart des viticulteurs restent pourtant frileux face à ce changement. La cause ? « Une idée reçue à la dent dure chez les consommateurs qui tendrait à dire qu’une bouteille trop légère serait synonyme de piquette », nous explique l’expert de l’IFV. « C’est au client de tendre à un achat plus éco responsable et pour cela les labels sont de vrais alliés. Bio, Haute valeur environnementale (HVE), Terra Vitis… Il en existe aujourd’hui de nombreux qui attestent du caractère agroécologique de la récolte. » Comme le dit l’adage, in label veritas.

Et les viticulteurs sans label ?

Aucun label, aucune certification environnementale, mais des convictions. Aujourd’hui, le vignoble de la Famille Quiot (Vaucluse) attache plus d’importance aux petites actions en faveur de l’environnement qu’aux grandes déclarations. « Cela fait 20 ans qu’on entretient nos haies, nos talus (tous les deux utiles à la vigne, mais aussi à la biodiversité, Ndlr). Et plusieurs années qu’on est passé au verre allégé », illustre Florence Quiot, qui incarne fièrement la 13e génération de viticulteurs au côté de son frère.

Exception faite de quelques crus où « le consommateur exige une bouteille gravée », l’écoconception est devenue la règle pour le million de flacons remplis chaque année (dont une partie en Côtes-du-Rhône) par les 300ha de vignes. Pour cette PME résolument tournée vers l’international (97 % de la production est destinée à l’export), la réflexion écologique s'étend jusqu’au contenant du contenant. Lui aussi pensé pour un impact moindre, le carton est rempli de confettis faits des papiers dont l’entreprise n’a plus l’usage, à la place du polystyrène et autres emballages plastiques. Florence Quiot résume : « Je ne connais pas un seul vigneron qui nuise volontairement à l’environnement. Naturellement, nous prenons tous soin de notre patrimoine, de notre terroir. C’est notre outil de travail. »

Celle qui exhorte médias et consommateurs à ne pas jeter la pierre aux vignerons non labellisés rappelle qu'un « label est un excellent gage, mais ce n'est pas une garantie. A contrario, ce n’est pas parce que vous n’êtes pas certifiés que vous ne faites rien en faveur de l’environnement. Obtenir un label, c’est assez lourd administrativement. » D’autres facteurs entrent également en ligne de compte. Certes, l’exploitation familiale recourt encore à certains produits phytosanitaires, mais elle s’en explique : « Ce n’est pas par plaisir, cela nous coûte cher. Quand vous avez des salariés, vous pouvez encore moins vous permettre de perdre face au mildiou. Vous avez besoin d’une certaine stabilité. » Un discours voulu à l'image d'un bon vin*, nuancé. H.L.

*A consommer avec modération