Les secrets du jeu vidéo pour créer l’immersion

Game design Les créateurs de jeux nous expliquent comment il font pour capter l'attention des gamers...

Thierry Weber
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Les casques de réalité virtuelle, ici le Playstation VR, permettent de rendre les jeux plus immersifs.
Les casques de réalité virtuelle, ici le Playstation VR, permettent de rendre les jeux plus immersifs. — Amez/Sipa

Plus d’un gamer a déjà sauté un repas tellement il ou elle était impliqué(e) dans une partie de jeu vidéo. Pour les concepteurs de jeux, l’immersion est incontournable, et ils ont de nombreux moyens de s’assurer qu’elle est au rendez-vous.

D’abord, une évidence. L’immersion passe par les graphismes. «Le visuel c’est le premier contact», résume Sébastien Mitton, directeur graphique de Dishonored 2 qui doit sortir le 11 novembre prochain. «Les gens s’attendent à voir un produit aussi beau qu’un film mais avec en plus la liberté de se balader où ils veulent.» «L’éclairage», en particulier participe à un bon rendu. «Cela compte pour 50% de la qualité des graphismes», assène Sébastien Mitton.

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«L’immersion c’est plein de petits éléments, comme quand un personnage passe devant le soleil et que la lumière du soleil est visible à travers ses oreilles», illustre Sébastien Mitton. Le directeur artistique explique que le moteur graphique, à ce titre, joue pour beaucoup. «Le moteur ne joue pas que sur le rendu, mais aussi sur l’IA, le son, tout.» Le créateur de Dishonored 2 souligne l’importance d’un «univers cohérent» au service de ce rendu esthétique, avec une histoire qui ne soit pas trop «clichée».

Le progrès des accessoires

Les innovations techniques récentes poussent encore plus loin le sentiment d’immersion, le casque de réalité virtuelle en tête. «Le joueur se retrouve tellement immergé qu’il peut ressentir le mal de mer», souligne Pierre Geissler, professeur de programmation à l’école Créajeux. C’est pourquoi la qualité des graphismes est souvent amoindrie avec un casque de réalité virtuelle, ce qui limite les nausées.

 En réalité l'Oculus Rift n'était pas vraiment une nouveauté... Les casques de #VR existent depuis les années 90  @Inafr_officiel #90s pic.twitter.com/TwPtNVylcp
— TOM (@TravelOnMove) 24 octobre 2016

Le mal de mer, Emerick Aussignac le connaît bien, puisque le jeu qu’il a créé, Narcosis, se passe dans les profondeurs sous-marines. «Mettre le casque renforce l’impression de porter un scaphandre comme l’avatar. Le côté visuel est plus impactant», insiste-t-il, a fortiori puisque la camera du personnage bouge en accord avec les mouvements de tête du joueur. Le casque VR comme on l’appelle (pour Virtual reality), n’est que la plus récente des innovations immersives. Pierre Geissler se rappelle notamment de la «gaming veste avec des sacs gonflables pour simuler les tirs de bal». Les adeptes de la première heure de Nintendo se souviendront aussi du pistolet en plastique connecté à la Nes et utilisé pour shooter des canards à l’écran.

 https://t.co/x9grXes1PI VTG Nintendo NES Console System Duck Hunt Bundle Console/2 control/gun/game/box https://t.co/EZXeTwFNyr pic.twitter.com/vdg9839yC1 — RetroNation (@RetroNuss) 22 octobre 2016 


En 2006, Nintendo avait aussi tenté de calquer les mouvements des personnages avec ceux du joueur grâce à la Wii. Cette «pseudo fidélité des mouvements» était parvenue, selon le chercheur spécialiste des enjeux culturels et artistiques des jeux vidéo Sébastien Genvo, à «engager les néophytes parce que la technologie était assez intuitive, sur certains jeux».

Eviter la lassitude

A l’inverse, afin d’éviter tout «désengagement par lassitude», les créateurs de jeux vidéo peuvent par exemple «augmenter le niveau de difficulté», d’après Sébastien Genvo. Pierre Geissler évoque «les cinématiques qui permettent une continuité» dans le jeu. Pour Sébastien Genvo, ces mêmes cinématiques «replacent dans le contexte. Le joueur se prépare, se projette. Après, il reprend la main». Ce rythme favorise donc un engagement continu du joueur.

 @_silentrainbow @Efael_ Un jeu vidéo bien immersif voire aliénant en terme de répétitivité des tâches, ça peut aider.
— Malka Revient (@Retyar) 10 février 2016


Quitte à nuancer le début de cet article, Sébastion Genvo estime en outre que l’engagement est tout à fait possible quand bien même les graphismes ne seraient pas au rendez-vous. En exemple, le chercheur évoque «Tétris, ou même Minecraft, qui ne sont pas photoréalistes mais sur lesquels les joueurs peuvent passer des centaines d’heures». La preuve qu’il existe plus d’un procédé immersif pour captiver le joueur, jusqu’à lui faire oublier le temps qui passe.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Les secrets du jeu vidéo", réalisé dans le cadre de la sortie de Dishonored 2, le 11 novembre, sur PC, PS4 et Xbox One.