Le jeu vidéo est-il l'art suprême?

Numérique Le jeu vidéo possède un rapport étroit à de nombreux arts, comme le dessin, la sculpture, la mise en scène et la musique...

Alexis Moreau

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L'ouverture d'un combat dans le jeu Street Fighter.
L'ouverture d'un combat dans le jeu Street Fighter. — Sierakowski

Pour 63 % des Français, le jeu vidéo ne relève pas de la culture. C’est le constat que tire une étude du ministère de la Culture et de la Communication publiée cette année. Pourtant, nombreux sont ceux qui le considèrent comme le 10e art, au même titre que le cinéma, la musique, la peinture, ou encore la bande dessinée. Pour ses plus fervents défenseurs le jeu vidéo serait même un art total, englobant les autres, comme le définit Jean-Jacques Launier, fondateur du musée d’art ludique à Paris. Ce médium passe des arts graphiques «à la mise en scène, à l’animation, au scénario, à la musique, et bien sûr à la conception d’un mode de jeu destiné à transcender l’interactivité».

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Pour Margherita Balzerani, cela ne fait aucun doute, les bons jeux vidéo mobilisent l’ensemble des sens. «Ecoutez la musique de Super Mario, lance la directrice de l’Institut des Métiers d’Art et du Patrimoine. Sans même voir un champignon, une icône, ou Luigi, plusieurs générations peuvent reconnaître de quoi il s’agit.»

Vincent Pellarey, concepteur d’Ascent Spirit, où le joueur, équipé d’un casque de réalité virtuelle, fait de l’alpinisme armé de piolets, est globalement d’accord avec cette vision. «Je n’ai jamais longuement réfléchi là dessus mais typiquement, quand tu fais de la 3D, tu sculptes, tu dessines.»

Un prix Nobel du jeu vidéo?

Tous les professionnels de la discipline s’accordent à dire que concevoir un jeu représente bien plus qu’écrire de simples lignes de code. Mais Jean Baptiste Clais, membre de l’association Mo5.com et conservateur au musée national Eugène Delacroix, rejette cette appellation d’art total. «Les joueurs se fichent de savoir si le jeu vidéo est un art total ou pas. Ce qui compte c’est qu’ils s’amusent. C’est comme la littérature, il y a des prix Nobel et des romans de gare, dans le jeu vidéo c’est pareil. Certains sont mauvais, d’autres ont une narration extraordinaire. Par exemple, Flowers et Portal sont des chefs-d’œuvre.»

Car aujourd’hui le jeu vidéo a ses propres références esthétiques, comme «Rez», un rail shooter en 3D sorti sur Dreamcast et PlayStation 2 en 2001 et remasterisé sur les consoles nouvelles génération cette année.


L’important c’est de jouer

A trop développer l’esthétique, les concepteurs ne risquent-ils pas oublier qu’un jeu est avant tout fait pour être joué? Cela s’est déjà (un peu) produit avec jeu «Heavy Rain», sur PS3. «Il était très cinématographique, beau, mais avec peu de gameplay. Du coup tous les gamers considèrent que ce n’était pas un jeu, car il n’était pas assez immersif», détaille Pierre Proudhon, développeur de Drago Dino, un jeu de plateforme inspiré de Donkey Kong.

Au fil de son existence, le jeu vidéo invente donc son propre langage. «Au départ les jeux s’inspiraient beaucoup du cinéma pour les mouvements de caméra. Avec la réalité augmentée, ce n’est plus possible, détaille Vincent Pellarey. Si nous faisions la même chose, l’utilisateur ne se sentirait pas bien du tout.»

Les développeurs créent donc leurs moyens d’expression, leurs codes, tout en tenant compte des particularités de leur art. «Si le joueur a décidé de fixer le mur pendant 10 minutes, nous ne pouvons rien faire pour l’en empêcher.» Tout comme le visiteur d'un musée peut choisir de ne passer que 10 secondes devant «La Ronde de nuit» de Rembrandt.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Les secrets du jeu vidéo", réalisé dans le cadre de la sortie de Dishonored 2, le 11 novembre, sur PC, PS4 et Xbox One.