Les développeurs ont-ils le temps de jouer?

Gaming Pas toujours facile de se réserver du temps pour essayer des jeux vidéo quand on en crée soi-même...

Thierry Weber

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Que ce soit pour observer la concurrence, ou parfois pour se détendre avec des vieux classiques, les créateurs de jeu essaient de trouver du temps pour jouer.
Que ce soit pour observer la concurrence, ou parfois pour se détendre avec des vieux classiques, les créateurs de jeu essaient de trouver du temps pour jouer. — Tony Bennett/Flickr

Puisqu’on ne commence pas une carrière dans le jeu vidéo sans aimer ça, il est difficile d’imaginer un créateur de jeu vidéo autrement que clavier ou manette à la main. Bien souvent, essayer les derniers titres qui sortent fait même partie du métier. Mais encore faut-il avoir le temps.

Tout dépend de la phase de production d’un jeu vidéo. Tous les créateurs de jeu le diront, «la dernière voire les deux dernières années, c’est vraiment intense niveau temps». Résultat, Sébastien Mitton, directeur artistique de Dishonored 2 a «six ou sept jeux téléchargés mais pas lancés sur [son] compte steam».

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«Avec le jeu t’as besoin de temps pour te poser, c’est toi qui agis. Ce n’est pas comme un film où tu peux t’endormir devant», ajoute le directeur artistique. Il faut dire qu’il a d’autres priorités sur son temps libre, et notamment sa famille. «J’ai deux gosses et j’ai l’impression que je ne les vois pas assez. Mon fils qui est en CE2 joue comme un fou, il veut ouvrir une chaîne Youtube. Je suis souvent assis sur le canapé derrière lui quand il joue.»

Observer la concurrence

Pourtant, un créateur de jeu doit aussi être à jour sur les sorties pour ne pas être dépassé. Romuald Carbone, étudiant en game design à l’Ecole nationale du jeu et des médias interactifs numériques (Cnam–Enjmin) et co-créateur du jeu Crewsaders, n’envisage pas de travailler autrement. «J’essaie de tester des jeux de manière courte pour voir les idées de gameplay, comprendre les intentions des développeurs. Mais je deviens plus analyste que joueur et je profite un peu moins», regrette le jeune homme qui remarque par ailleurs avoir de «moins en moins de temps pour jouer à cause des études et du développement de [son] jeu».

Heureusement pour lui, Stéphane Natkin, le directeur du Cnam–Enjmin a une opinion très tranchée sur le sujet. «Bien sûr qu’on les encourage à tester des jeux, nous avons même des cours d’analyse», qui, à en croire l’expérience de Romuald Carbone, transforment la façon d’appréhender un jeu. Ce chef d’établissement pousse ses étudiants à s’interroger. «Pourquoi la caméra est à la troisième personne, quels éléments de gameplay sont classiques ou originaux, quel est le rôle de la musique, du son… S’ils veulent devenir de grands créateurs de jeu, on ne peut pas faire autrement», insiste Stéphane Natkin.

S’inspirer sans copier

D’après Miryam Houali du studio Accidental queens, qui a participé à la création du jeu pour mobile A normal lost phone, jouer à des jeux vidéo revient à se «faire une culture, et donne envie de créer. On a pas beaucoup de temps, mais on le prend». Cela permet de «sortir de sa grotte» d’après elle, mais aussi parfois de trouver une source d’inspiration, en prenant garde bien sûr à ne pas pousser le vice trop loin. A ce sujet, Romuald Carbone rassure. «On va forcément réutiliser des recettes qui marchent. Mais des petites évolutions, des petites prises de risques vont les faire devenir plus originales».


Afin de s’assurer que ces prises de risques seront payantes, il faut aussi jouer à son propre jeu. Eh oui!, observer «ce que fait la concurrence», pour reprendre les mots d’Emmanuel Corno, papa du jeu Event 0, ne suffit pas. «On joue énormément au jeu qu’on développe. Il le faut pour voir ce qui marche ou pas». Il est donc essentiel de gamer pour ne pas jouer avec le feu.

>>>Retrouvez l'intégralité de notre dossier "Les secrets du jeu vidéo", réalisé dans le cadre de la sortie de Dishonored 2, le 11 novembre, sur PC, PS4 et Xbox One.