Bernard Ollivier ou la réinsertion sociale par la marche à pied

Lucie de la Héronnière

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Bernard Ollivier a créé l'association Seuil en 2000 pour venir en aide à des mineurs en difficulté.
Bernard Ollivier a créé l'association Seuil en 2000 pour venir en aide à des mineurs en difficulté. — Mike Groll / SIPA

PORTRAIT - L'ancien journaliste Bernard Ollivier a fondé une association de réinsertion par la marche. Il intervient au Festival du Vent, qui se tient jusqu'au 27 octobre à Calvi.

Bernard Ollivier, fondateur de Seuil.
Bernard Ollivier, fondateur de Seuil.

«La marche est une activité tellement humaine, tellement naturelle», confie Bernard Ollivier, 75 ans. Ce retraité hyperactif n’était pas forcément destiné à engloutir tant de kilomètres à pied. Né dans une famille modeste, dans un village du sud de la Manche, il quitte l’école très tôt, pour faire des petits boulots, pion, marchand de vin, docker, garçon de restaurant ou encore prof d’éducation physique.

Vers 20 ans, il décide de reprendre ses études, et réussit en même temps son bac et le concours d’entrée dans une école de journalisme. S’en suivent des décennies de journalisme, de grands reportages, à l’AFP, Paris Match, Le Figaro, Le Parisien libéré… Et d’autres.

"Je ne voulais pas marcher pour marcher"        

Un jour de 1998, à 60 ans, il décide de partir pour Compostelle. Pourquoi ? «C’était une fuite, j’avais du mal à supporter le vide de la retraite, et surtout le vide laissé par ma femme», épouse décédée brutalement 10 ans plus tôt. Alors Bernard Ollivier part, pour faire le point, forger sa vie d’après, établir son «plan de carrière » de retraité: «Je ne voulais pas marcher pour marcher. Comme je suis passionné d’histoire, j’ai eu envie de comprendre ce phénomène, la création et le développement de Compostelle.» Sur la route, Bernard Ollivier change, dépouillé du superflu, libre de ses rencontres: «En deux ou trois semaines, je me suis reconstruit physiquement et mentalement. J’étais dans une forme éblouissante, mes idées noires sont devenues roses.» 

Car, comme il l’écrit dans son autobiographie*, « la marche est un exercice moins physique que spirituel». Il entend parler par hasard de jeunes délinquants belges qui marchent vers le même but espagnol, accompagnés d’un gardien. Le voyage à pied comme un substitut à la prison, une idée formidable qui va cheminer dans les pensées du marcheur. Résultat, il rentre avec «deux projets: monter une association et continuer à marcher». Deux chantiers de vie rapidement mis en œuvre. Les 12 000 kilomètres de la route de la Soie seront bouclés en 4 ans et quatre voyages, racontés dans plusieurs ouvrages.

Marcher et s’en sortir

Bernard Ollivier crée l’association Seuil au printemps 2000, pour aider des mineurs en grande difficulté à retrouver la porte pour «rentrer» dans la société, grâce à une longue marche de 2000 kilomètres en Europe. En accord avec les juges, des volontaires partent sac au dos, avec un «accompagnant» adulte. Six binômes sont actuellement sur la route, après une semaine de préparation mentale et physique, conclue par une fête de départ. C’est une réelle alternative à la prison ou au centre éducatif fermé: «Quand on marche, on pense. Les jeunes se sociabilisent, réfléchissent. En quelques mois, la transformation est fabuleuse. Ils reviennent avec un statut différent, ils sont admirés, mais pas pour leurs bêtises. Ils se démontrent à eux-mêmes qu’ils sont capables», explique Bernard Ollivier.

Aujourd’hui, entre la Normandie et Paris, ce grand marcheur, penseur, observateur et conteur a une vie de retraité bien loin de l’inactivité. Des livres et un scénario sur le feu s’ajoutent au travail pour l’association. Bernard Ollivier aimerait bien créer d’autres structures, convaincu que « cela reste une goutte d’eau ».

 *La vie commence à 60 ans, Editions Libretto.