«Des objets qui vont dans le bon sens»

Rédaction 20 Minutes

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Pour le docteur Nicolas Postel-Vinay, un médecin doit regarder trois points avant de se prononcer sur l'intérêt médical d'un objet connecté.
Pour le docteur Nicolas Postel-Vinay, un médecin doit regarder trois points avant de se prononcer sur l'intérêt médical d'un objet connecté. — DR

INTERVIEW - Nicolas Postel-Vinay est praticien dans l'unité d'hypertension artérielle de l'hôpital Européen Georges-Pompidou à Paris. Il dirige également le site automesure.com. Pour parler de la portée médicale des objets connectés, il était l'interlocuteur tout indiqué.

 

Quel est l’intérêt médical de s’auto-mesurer ?

Le sujet de la tension artérielle l’illustre très bien. En suivant certaines règles, la mesure au domicile est de meilleure qualité que celle effectuée chez le médecin, qui est trop ponctuelle. C'est d'ailleurs le point de départ de notre site, automesure.com. Non seulement la mesure effectuée par le patient est utile, mais en plus elle est meilleure. Dans le cas précis de l'hypertension, un patient qui apportera des données pertinentes et exploitables améliorera d’autant la qualité de la décision de son médecin. Et lui fera gagner un temps considérable.

Mais comment juger de l’intérêt médical de tel ou tel capteur ?

Il faut différencier les appareils fitness et ceux qui servent dans le cadre d’une maladie. Chez ces derniers, le raisonnement médical n'est pas lié à la connexion mais mesuré selon trois points : la fiabilité du capteur, les données scientifiques existantes pour interpréter les mesures, et enfin l’utilité médicale de l’objet. Des variations de poids ou de tension auront plus d’intérêt que les taux en CO2 dans une pièce données par une balance, par exemple. En fonction des objets, l'intérêt diffère grandement.

Qu’en est-il des objets « bien-être»?

Ils vont eux aussi dans le bon sens. Est-ce que les podomètres intelligents vont réussir à lever les barrières qui font que les gens ne marchent pas alors que les podomètres existent depuis des décennies ? C’est une autre affaire. Tout ce qui peut contribuer à avoir une vie plus saine, éveille quoi qu’il en soit notre intérêt : utilisons-les et on verra si ça marche ou pas. J’espère juste que les médecins pourront s’exprimer indépendamment sur l’utilité de chacun des capteurs. Dans l'absolu, prendre la mesure de son rythme cardiaque tous les jours n'est pas indispensable. En aucun cas, ce suivi n'aidera à détecter des maladies. Cette pratique est d'abord de l'ordre du fitness, de la vie saine. Car dans les faits on peut très bien avoir un rythme dans la norme et souffrir d'une maladie cardiaque.

Et les médecins dans tout ça ? Comment réagissent-ils ?

Ils ont besoin de temps pour se convaincre de l'intérêt d'un changement de pratique, en l'occurrence l'utilisation d'objets connectés par leurs patients. Il a ainsi fallu une bonne dizaine d'années de travail, d'articles médicaux et de formation pour qu'aujourd'hui la moitié des médecins soit favorable à l'auto-mesure appliquée à la pression artérielle. Sur les généralistes, ce taux atteint entre 60 et 65%. Le scepticisme des médecins à l'encontre de ces  technologies n'est pas infondé :  il s'est par exemple avéré, après plusieurs années d'utilisation, que les tests d'auto dépistage des cancers de la prostate n'étaient pas pertinents médicalement.

PROPOS RECUEILLIS PAR ROMAIN GOULOUMES