« Prendre conscience de l'importance du sommeil »

Rédaction 20 Minutes

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Le professeur Damien Léger dirige le centre du sommeil et de la vigilance de l'Hôtel-Dieu.
Le professeur Damien Léger dirige le centre du sommeil et de la vigilance de l'Hôtel-Dieu. — DR

INTERVIEW - Le professeur Damien Léger préside l’institut national du sommeil et de la vigilance (INSV). Le médecin est également à la tête du centre du sommeil de l’Hôtel-Dieu. Avec son équipe il a développé iSommeil, une application gratuite de suivi. A la frontière entre bien-être et santé, l’auto-évaluation a selon lui un rôle à jouer dans la tranquillité de nos nuits, mais aussi et surtout dans leur durée.

Comment fonctionne notre sommeil?

Le sommeil est constitué d’une succession de cycles qui durent entre une et deux heures. Ces cycles se présentent de manière assez identique. Ils débutent par du sommeil léger durant lequel notre cerveau et notre respiration ralentissent progressivement. La phase suivante, le sommeil profond, voit le cerveau poursuivre son ralentissement. Les mouvements se font rares. Le corps profite de ce laps de temps pour récupérer de tout ce qui a pu l’éprouver dans la journée. Enfin, survient le sommeil paradoxal qui est paradoxalement très actif sur le plan cérébral. Le corps est totalement paralysé, hormis les yeux. C’est dans cette phase de notre sommeil qu’apparaissent 90% de nos rêves. Il y a environ 5 à 6 cycles comme ça par nuit. Plus l’heure avance, moins il y a de sommeil profond et plus le sommeil paradoxal prend une place importante.

De fait, que mesurent les capteurs?

Bien capter le sommeil est encore assez compliqué. Ca l’est beaucoup moins qu’il y a quelques années, mais on ne récolte les ondes cérébrales que par l’intermédiaire d’électrodes collées très attentivement sur le cuir chevelu et le visage, et de capteurs de tonus musculaire. Dès l’instant qu’on sort de ce type d’enregistrement, l’appréciation du sommeil n’est pas parfaite. iSommeil et Sleep Cycle, qui utilise le même principe, mesurent les mouvements du corps. Ceux-ci se traduisent, pour l’appareil, par des accélérations plus ou moins importantes. On en déduit un certain indice de fragmentation du sommeil et une durée du temps passé au lit. Les applications distinguent le sommeil de l’éveil, quand bien même leur appréciation reste relativement approximative. Ce n’est pas une science exacte.

De quel ordre est cette précision?

Dans le cadre du développement d’iSommeil, nous avons bien sûr comparé les données recueillies à des enregistrements effectués avec des actimètres (des outils scientifiques de mesure du sommeil). L’algorithme de l’application a été réglé, avec trois paliers que l’utilisateur peut sélectionner en fonction de son poids, pour se rapprocher le plus possible des résultats obtenus par actimétrie.

La rigidité du matelas, ou le fait de dormir à deux ont-il un impact sur la fiabilité des données?

Même si l’élasticité varie grandement d’un matelas à l’autre, les mouvements se ressentent très bien sur les lits actuels. En revanche, dormir à deux peut en effet parasiter le signal. C’est l’un des points qu’il nous reste à résoudre. De même pour l’enregistrement des ronflements, qui peuvent provoquer ce qu’on appelle des apnées du sommeil. Si iSommeil peut contribuer à les détecter, il ne fait pas la distinction entre les dormeurs.

Que peut apporter un réveil intelligent à un dormeur lambda?

Au sein du Centre du sommeil comme à l’INSV, le temps de sommeil est considéré comme un facteur majeur de santé public. Chez l’adulte, celui-ci doit être d’au moins sept heures par nuit en semaine, et si possible un peu plus le week-end. Malheureusement 30% des adultes et des jeunes adultes dorment moins de 6 heures par 24 heures. Grâce aux applications intelligentes, on a enfin un outil d’auto-évaluation et d’indication de ce paramètre primordial dans la santé des Français. En évaluant au jour le jour la durée de son sommeil, l’usager prend conscience des répercussions qu’elle peut avoir sur la journée du lendemain, sur sa forme physique ou intellectuelle, et plus globalement sur sa santé.

Et pour les personnes atteintes de troubles du sommeil?

Grâce au développement de ce type d’outils, les murs tombent entre le bien être et la santé. Donner à ses interlocuteurs médicaux des informations émanant de son environnement propre peut être très important dans la compréhension de sa maladie. Dans notre cas, de nombreux patients reportent intégralement sur papier les agendas de sommeil de plusieurs semaines voire plusieurs mois. Les avoir sur une application permettrait de beaucoup mieux visualiser les choses, mais également de mieux mesurer l’impact du traitement. Je crois en définitive que pour toutes les personnes impliquées dans les maladies chroniques, du sommeil au diabète en passant par les maladies cardiovasculaires, avoir des outils d’auto-évaluation qui présentent les choses de manière claire, avec des éléments sur le bien-être des gens, est un « plus » indéniable. Ce genre de technologie, favorable à la santé publique en général, ne peut aller qu’en se développant.

PAR ROMAIN GOULOUMES

Des questions à poser sur les objets connectés et leurs applications ? Faites-le dans les commentaires ! Lors d'une prochaine interview, nos interlocuteurs tâcheront d'y répondre.