Alexandre Baguet, chef du service addictologie du CHU de Rouen
Alexandre Baguet, chef du service addictologie du CHU de Rouen — DR

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« Les applis peuvent aider les jeunes à arrêter »

INTERVIEW – Alexandre Baguet, chef du service addictologie du CHU de Rouen, décrypte pour Se Coacher les principes des applications pour arrêter de fumer et donne son avis sur leur efficacité.

Quels sont les principaux facteurs qui poussent les gens à arrêter de fumer ?

Le véritable moteur c’est la peur pour sa santé. L’argent n’est pas un vrai frein, d’ailleurs  après toutes ces années d’augmentation du prix du paquet de cigarettes, on a toujours autant de fumeurs. Par contre l’idée de se réveiller avec un cancer métastasé, ça en fait réfléchir certains. Les applications insistent sur ces deux aspects : combien vous allez économiser en ne fumant pas, ce que vous allez pouvoir vous payer avec cet argent, d’un coté, et les dangers pour votre santé et votre bien être, de l’autre. A mon avis, c’est sur ce deuxième point là qu’elles devraient se focaliser.

Justement, quel regard portez-vous sur ces applications en temps que médecin ?

Tout ce qui va dans le sens d’une prise de conscience pour aider les gens à arrêter de fumer est une bonne chose. Le tabac touche toutes les couches de la société. Les plus jeunes aussi veulent arrêter de fumer et les applications peuvent les y aider en rendant cela plus branché. C’est évidemment bénéfique. Il y a bien sûr des arnaques, avec des applis payantes sans intérêt ou des applis gratuites qui vous renvoient vers des programmes très chers. Il faut faire le tri.

Les développeurs de ces applications insistent sur le côté communautaire qui aiderait les utilisateurs dans leur décision. Qu’en pensez-vous ?

L’entourage peut être en effet un facteur de motivation. Certaines personnes peuvent vous pousser à suivre les objectifs que vous vous êtes fixés. Le fait de se sentir appartenir à une nouvelle communauté, celle des personnes en train d’arrêter de fumer, après avoir appartenu à celle des fumeurs, peut aider. Mais ce n’est pas vrai pour tout le monde. L’arrêt du tabac est quelque chose de très personnel. La très grande majorité de ceux qui arrêtent de fumer le font tout seul, sans même l’aide d’un médecin. Il existe une thérapie pour chaque type de fumeur.

Avez-vous remarqué des points négatifs ?

Certaines applications se donnent comme objectif de vous faire réduire le nombre de cigarettes fumées. C’est le tabac qui est dangereux pour la santé, pas l’abus de tabac. Les lobbys de l’alcool ont obtenu une grande victoire lorsqu’ils ont inventé le concept selon lequel seul l’abus d’alcool serait dangereux pour la santé. Les études montrent que si l’on réduit le nombre de cigarettes fumées, on ne fume pas forcément moins. En gros, on inspire plus fortement, on use la cigarette jusqu’au mégot... Bien sûr quand mes patients me disent qu’ils ont réduit leur consommation, je les félicite, mais je leur dis que ça ne peut être qu’une étape vers l’arrêt total. L’autre point qui me semble étrange, c’est que certaines de ces applications sont interdites aux moins de 17 ans. C’est assez étonnant puisque ce sont justement les plus jeunes qui utilisent ce type d’outils pour arrêter de fumer.

Propos recueillis par Renaud Ceccotti-Ricci