Pourquoi dit-on que le vélo «ne s'oublie jamais»?

Corps Le fameux dicton a une vraie explication biologique…

Fabien Falcou

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Faire des figures est un bel exemple de mémoire kinesthésique.
Faire des figures est un bel exemple de mémoire kinesthésique. — Styg Nygaard/Flickr

On est dimanche, il fait beau et vous êtes bien décidé à passer cette journée les cheveux au vent. Problème: ça fait bien dix ans que vous n’êtes pas remonté sur votre vieux VTT, qui prend la poussière dans le garage. Pourtant, miracle, après cinq minutes de pédalage hésitant, voilà que vous faites des roues arrières et prenez des virages serrés comme au bon vieux temps! Car c’est bien connu, «la bicyclette, ça ne s’oublie pas».

D'abord, il est impossible de savoir qui le premier a dit: «C’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.» L’expression existe en anglais («like riding a bicycle»), où elle est également apocryphe. Surtout, cela ne répond pas à la question: comment notre corps parvient-il à se souvenir toute sa vie d’une technique apprise il y a des années?

Perception, coordination et mémorisation

L’apprentissage d’une habileté motrice se fait en plusieurs étapes. «Il faut d’abord en avoir une perception visuelle, puis faire le mouvement pour exercer sa perception sensorielle», détaille Floriane Bachelerie, psychomotricienne à Bourges. Traduction: on regarde le mouvement, puis on l’essaie soi-même pour s’en approprier les sensations: notre poids sur la selle, les vibrations de la bicyclette, le frottement de l’air, la sensation de vitesse...

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C’est également à ce moment qu’intervient une capacité essentielle: la proprioception, c’est-à-dire «la façon dont on ressent la position de son corps dans l’espace», explique la psychomotricienne. Sans oublier, dans le cas de la pratique du vélo, la «coordination et la coordination oculo-manuelle», qui nous permet de synchroniser ce que voient nos yeux à ce que font nos mains sur le guidon.

«Notre corps a une mémoire interne»

Une fois le mouvement appris, poursuit Floriane Bachelerie, notre corps utilise deux types distincts de mémoire. Il y a d'abord celle à «court terme», qui enregistre ce qu'on vient d'apprendre et qu'on utilise consciemment. Puis il y a, aussi et surtout, la «mémoire kinesthésique», c'est-à-dire celle liée aux sensations.

«Il s'agit de notre mémoire sensorielle. On la fait travailler aux enfants quand on leur fait toucher des choses molles, des choses dures, etc.»

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La mémoire kinesthésique, explique la praticienne, bénéficie d'un ancrage plus profond que notre mémoire consciente. Elle ne s'exerce pas seulement pour des mouvements, mais aussi pour des émotions, des sensations... «Si on a eu peur une fois, notre corps s'en souvient et se souvient de sa réaction, même dix ans après», expose Floriane Bachelerie.

C'est cette mémoire, enfouie au plus profond de nous, qui rend si difficile pour les cobayes de la vidéo ci-dessous, de piloter le vélo qu'on leur propose de tester. Les directions du guidon et de la roue avant étant inversées, ils doivent «désapprendre» ce que leur mémoire kinesthésique connaît depuis si longtemps. Ils se retrouvent donc forcés à faire un effort conscient pour s'adapter au fonctionnement de la machine.

La mémoire kinesthésique peut donc nous jouer des tours. Mais c'est aussi elle qui vous rend capable, après dix ans, de rider sur votre vieux VTT vers le couchant.