De 1991 à 2016, il était une fois Blizzard

Histoire D'où vient la société éditrice de World of Warcraft? «20 Minutes» vous propose un voyage dans le temps...

Thierry Weber

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Des joueurs testent le jeu Starcraft II lors d'une game convention en Allemagne en 2008.
Des joueurs testent le jeu Starcraft II lors d'une game convention en Allemagne en 2008. — E. Schulz/AP/Sipa

Silicon & synapse, ça vous parle? Non? Il s’agit pourtant d’un des développeurs de jeux vidéo les plus reconnus sur le marché. Et si on vous dit Starcraft, Warcraft ou Diablo? Et oui, Silicon & synapse, c’est le nom de Blizzard entertainment lors de ses débuts en 1991. La société a bien évolué depuis sa fondation par trois jeunes diplômés de l’université de Californie, jusqu’à devenir aujourd’hui un mastodonte des jeux vidéo.

Allen Adham, Frank Pearce, Mike Morhaime. A peine levé des bancs de la fac, les trois Américains créent leur société de développement de jeux vidéo. «Ils ont commencé tout petits, à trois, à faire des adaptations de petits jeux, raconte Douglas Alves, historien des jeux vidéo. A l’époque ils répondaient à des commandes d’un autre éditeur, Interplay.» En 1993, les trois amis sont nommés développeurs de l’année par Videogames magazine pour deux jeux sortis cette année-là: Lost viking et Rock’N’Roll racing. Douglas Alves l’explique par le «gameplay novateur» du premier et la «très bonne musique» du deuxième. Mais ce n’est que deux changements de noms et un rachat par la société Davidson & Associates plus tard, quand l’entreprise, plus grande, s’appelle enfin Blizzard, que les portes du succès s’ouvrent devant elle.

L’univers Warcraft

«Beaucoup de sociétés qui grandissent et prennent leur envol le doivent à un jeu qui va rapporter beaucoup d’argent. Ce jeu-là, pour Blizzard, c’est Warcraft: orcs & humans [1994]. Les développeurs ont tapé sur un genre à la mode à ce moment-là, la stratégie en temps réel, en apportant des innovations techniques», rapporte Douglas Alves. Un succès mitigé sur d’autres projets pousse l’entreprise à se concentrer sur son titre phare. La société de développement s’oriente vers un modèle marketing qui lui réussit encore aujourd’hui. «Ils font la décision de ne pas sortir de jeux très régulièrement mais d’améliorer leurs titres de mois en mois et d’années en années», analyse Nicolas Besombes, auteur d’une thèse portant sur l’e-sport et spécialiste des jeux vidéo à l’UFR Staps de Paris-Descartes.

Grâce à cette stratégie, toute une communauté de fidèles adhère au monde imaginé par Blizzard. Les extensions se multiplient sur la suite de Warcraft (Warcraft II: tides of darkness, 1995) et son troisième volet sorti en 2002. Un sommet est atteint lors de la sortie du premier jeu de rôle en ligne massivement multijoueur (MMO RPG) de Blizzard, World of Warcraft, qui devient leur neuvième titre à passer numéro 1 des ventes. «Le MMO est un style de jeu novateur à l’époque même si ce n’est pas Blizzard qui l’a inventé. Il se joue sur la durée, et les joueurs en deviennent captifs», précise Douglas Alves. Au plus fort, la franchise, aujourd’hui en baisse du nombre d’abonnés, a tout de même réuni près de 12,5 millions de joueurs sur ses serveurs.


Au total, le monde de Warcraft  est alimenté par une dizaine de jeux et extensions. Mais l’exploration de la franchise ne s’arrête pas là. En 2014, Blizzard développe un jeu de cartes gratuit en piochant dans le vivier des monstres de son RPG. Résultat, Hearthstone: heroes of Warcraft comptait plus de 50 millions de téléchargements à la fin 2015.

Blizzard et le sport électronique

Impossible de parler de Blizzard sans évoquer aussi deux autres franchises qui ont fait son histoire, Diablo et Starcraft, dont les premiers volets sont édités en 1996 et 1998. «Ce qui fait la réussite des jeux Blizzard, c’est clairement une expérience de jeu au-dessus de la moyenne d’après les joueurs, ainsi que des mécaniques très optimisées», rapporte Nicolas Besombes. Cette qualité de jeu a aussi permis à la marque de se développer dans un autre domaine, de manière totalement imprévue, le sport électronique.

«C’est un détournement de pratique de la part des fans, assure le spécialiste de l’e-sport. Blizzard voulait juste créer des jeux qui plaisent aux gens, et les joueurs ont développé un modèle compétitif auquel l’éditeur n’avait pas pensé.» Ce n’est qu’en 2014 que le géant du jeu vidéo décide de s’intéresser enfin à ce phénomène qui lui a pourtant valu un succès continu au fil des années, notamment sur la franchise Starcraft et plus récemment Hearthstone.

La raison de ce réveil? D’après Nicolas Besombes, «en 2014, ils sentaient que leurs jeux commençaient à leur échapper, et les enjeux de l’e-sport devenaient de plus en plus importants». Le climax est atteint quand la société récupère l’organisation des compétitions sur ses propres jeux, au terme d’une lutte légale avec une association majeure de sport électronique, la Korean e-sport association (Kespa).


Petit bémol au tableau, le géant des jeux vidéo ne rencontre pas le succès escompté avec son Multiplayer online battle arena (Moba, arène de bataille en ligne multijoueur) Heroes of the Storm. Ce jeu gratuit sorti début juin 2015 réunit de nombreux héros des franchises phares de la marque, et souhaite clairement s’imposer dans le domaine du sport électronique de part son gameplay multijoueur. Aujourd’hui, Blizzard totalise néanmoins plus de 100 millions d’unités vendues, pour un chiffre d’affaire (sur les jeux uniquement) de près de 7 milliards de dollars, d’après des chiffres dévoilés en janvier 2016 par Statistic Brain.

L’année 2016 s’annonce chargée pour les développeurs, avec les sorties consécutives d’un nouveau jeu, Overwatch, et du film Warcraft le commencement centré sur le célèbre univers. Un double pari puisqu’avec le film, la firme s’attaque à un nouveau média, et avec le jeu, à un genre très différent des canons de Blizzard, le First person shooter (FPS, ou jeu de tir à la première personne). On sent d’ailleurs que la communauté de compétiteurs est particulièrement visée par ce nouveau titre uniquement multijoueur. La question reste de savoir si la recette Blizzard, appliquée à un nouveau plat, va régaler les joueurs.

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