La tablette numérique pas encore prête à remplacer le manuel scolaire

Rédaction 20 Minutes

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Même à distance, l'enseignant peut garder un œil sur les tablettes des élèves.
Même à distance, l'enseignant peut garder un œil sur les tablettes des élèves. — Didier Anselm

VERDICT - Expérimentée dans l'académie de Grenoble, l'introduction de la tablette bouleverse positivement l'organisation des cours. Sans toutefois prendre la place du bon vieux manuel scolaire.

Pour Didier Anselm, les nouvelles technologies, et notamment les tablettes, prendront bientôt place sur les bureaux des élèves... mais à côté des manuels d’enseignement traditionnels.

http://www.education.gouv.fr/pid29064/ecole-numerique.htmlC’est lui qui a mené l’expérimentation dans l’académie de Grenoble sur l’usage des tablettes en classe. «Nous avons choisi 6 collèges et lycées a qui nous avons fourni des iPad pour deux ans au début de l’année scolaire 2010/2011.» En les utilisant avec ses classes de sciences économiques et sociales (SES), Didier Anselm y a tout de suite vu de nombreux avantages. «Le premier changement, c’est que je n'ai plus à me rendre en salle informatique où la moitié des élèves n’avait même pas d’ordinateur. Les tablettes, j’y fais appel si besoin au milieu du cours, et l'on prend cinq minutes pour faire quelques recherches.»

Un suivi des élèves plus efficace

L’utilisation de la tablette permet aussi de changer l’approche du cours : celui-ci devient beaucoup plus pratique, très éloigné du simple cours magistral où le prof parle et les élèves notent. «Je donne une activité et un temps. Les élèves ont à leur disposition des ressources différentes. Si un d’entre eux ne s'en sort pas, je peux lui venir en aide, tout en laissant continuer ceux qui y arrivent.»

Grâce à une technologie d'échange wi-fi, l'enseignant accède en temps réel à toutes les tablettes et contrôle ce que font les élèves. Un moyen d’éviter les dérives comme une visite sur les réseaux sociaux, mais aussi de pouvoir varier les activités selon le niveau de l’élève. «Le prof doit savoir analyser ce dont ont besoin ses élèves, explique Didier Anselm. Il ne s’agit pas de créer l’inégalité. J’aide ceux qui sont dans le besoin mais je suis là pour tout le monde. Je donne une activité de A à C. Je laisse faire ceux qui arrivent à C, et en même temps j’accompagne les autres qui bloquent à A.» Les élèves, eux, ne rencontrent aucun problème d’utilisation. Habitués à l'écran tactile de leur smartphone, ils maîtrisent immédiatement la tablette.

Les profs sont prêts, la tablette pas encore

Totalement convaincu des apports de la tablette en classe, Didier Anselm ne la juge pourtant pas encore adaptée pour une utilisation à grande échelle. C’est d'ailleurs la conclusion du rapport qu'il a remis, avec ses collègues, à l’Education nationale. «Aujourd’hui, que ce soit pour les établissements ou pour les familles, une tablette reste un produit de luxe, vendu à un tarif trop élevé», souligne l'enseignant.

D’autant qu’avec les avantages pratiques, vont aussi quelques inconvénients techniques.  Les tablettes sont un outil individuel, il y a un blocage pour échanger des fichiers. Il n’y a pas de port USB, on ne peut pas la connecter à l’espace numérique de travail (ENT) du lycée. Et les manuels numériques ne fonctionnent pas avec tous les systèmes d’exploitation.» Le regard de Dider Anselm demeure malgré tout tourné vers l’avenir. Un avenir qu'il imagine avec des tablettes… et des manuels. Et qu'il prépare dès aujourd'hui en formant ses futurs collègues à l’utilisation des nouvelles technologies en classe.

Thomas Xavier