Lire un bon bouquin sans tenir le volant? On n’y est pas encore.
Lire un bon bouquin sans tenir le volant? On n’y est pas encore. — Andrey Popov/Getty Images

Sans les mains

La voiture 100% autonome, c’est pour demain?

Pour les experts, la voiture sans conducteur à bord n’est pas encore près de voir le jour

  • Google, Tesla, Uber… des poids lourds ont investi des milliards de dollars dans le développement de voitures autonomes.
  • Pour autant, l’objectif d’une autonomie à 100% suscite le scepticisme de nombreux experts.
  • Il reste beaucoup à faire en matière de sécurité.

Quitter le volant des yeux pour regarder une série, ou faire la sieste et se réveiller quelques heures plus tard… à destination. Ce rêve deviendra-t-il réalité ? De Google à Uber en passant par Tesla, plusieurs poids lourds dépensent des milliards de dollars pour développer cette voiture sans conducteur. General Motors veut faire rouler une auto sans volant ni pédale, Google teste des taxis sans chauffeurs en Arizona et Elon Musk parle d’un modèle autonome pour la fin de l’année.

Mais les experts sont partagés. Certains assurent que la voiture sans conducteur ne verra pas le jour avant 50 ans, voire jamais ! Arnaud de La Fortelle, directeur du centre de robotique aux Mines Paris-Tech, demande à voir : « Elle sera véritablement autonome le jour où elle pourra conduire toute seule. Quand on pourra mettre son enfant dans la voiture et l’envoyer chez sa grand-mère sans chauffeur. Or, on n’a pas du tout atteint ce niveau d’autonomie. »

Gérer l’imprévu

Aujourd’hui, les constructeurs intègrent des dispositifs d’assistance à la conduite de plus en plus sophistiqués. Alors le véhicule automatisé « sur certaines portions d’autoroute, dans les embouteillages ou capable de se garer tout seul… Tout cela arrive ! », s’enthousiasme Arnaud de La Fortelle. Mais le modèle qui peut circuler partout sans qu’on ait à garder les yeux sur la route, ce n’est pas pour demain, insiste-t-il.

La robotique, l’intelligence artificielle et le traitement des données progressent rapidement, rappelle le chercheur. « Mais les interactions avec les humains restent compliquées à gérer. Une place où l’on croise des vélos, des rollers, d’autres conducteurs humains. Ou une route passant devant une école avec plein d’enfants… Ces situations sont un challenge pour la voiture. »

Les robots ne savent pas traiter les intentions, confirme Michel Parent, conseiller scientifique de l’ Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), spécialisé dans la conduite automatique. « En tant qu’humain, on anticipe des choses très complexes. Quand on observe deux piétons qui discutent sur le bord de la route par exemple, on sait s’ils vont traverser ou non. A l’heure actuelle, les capteurs ont du mal à percevoir et anticiper ces cas de figure. »

Une question de cohabitation

L’interaction entre voitures autonomes et véhicule classique est l’autre grand sujet d’inquiétude. « Cela dit, on ne sait pas comment vont évoluer les choses, nuance Michel Parent. Si on interdit la circulation des voitures classiques dans certaines zones par exemple, cela devient plus envisageable. »

Ce n’est pas tant la question de la technologie qui pose problème, résume Arnaud de La Fortelle. La voiture sans conducteur « soulève aussi la question de savoir ce que notre société souhaite faire vis-à-vis des robots. Il va falloir encore beaucoup de temps pour mettre en place des règles sur ces sujets. » D’ici là, mieux vaut garder les yeux sur la route !