Jean-Charles de Castelbajac: «J’aimerais bien qu’on m’offre un couple de lamas à Noël»

INTERVIEW Entre pop et tradition, l’artiste multi facettes nous livre sa version hors normes de Noël…

Propos recueillis par Marion Buiatti

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L'homme de mode et artiste est avant tout un grand enfant débordant de créativité.
L'homme de mode et artiste est avant tout un grand enfant débordant de créativité. — JC de Castelbajac

Petit Bateau, Le Bourget, Rossignol, Faguo, etc. Jean-Charles de Castelbajac est partout. Cet hiver, ses caractéristiques couleurs bleue, verte, jeune et rouge, ainsi que son trait noir presque enfantin se baladent dans des collections capsules pleines de fantaisies. Entretien avec un artiste entre ciel et terre qui voit Noël comme une fête douce-amère.

Dans le travail vous êtes beaucoup dans le partage, en témoignent vos diverses collaborations. Pourquoi aimez-vous autant partager?

Il y a cette idée de générosité. Quand je fais Petit Bateau par exemple, mon envie c’est de donner des choses belles et fortes au plus grand nombre. Toute économie doit être liée à quelque chose de l’ordre du partage. Depuis 1997, lorsque j’ai habillé le pape à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse, j’ai vu comme le travail d’un designer/artiste pouvait participer à quelque chose de l’ordre du partage, et même de l’espoir. Le partage, c’est dans les gênes mêmes de ma démarche artistique, de mon quotidien. C’est certainement pour ça qu’est né ce sentiment de proximité avec moi, qu’on a l’impression de me connaître et qu’on m’envoie des selfies parce que l’on porte mes vêtements. Je reçois des dessins aussi, c’est ultra touchant. Ce sont mes plus beaux cadeaux de Noël depuis des années, c’est un peu l’accomplissement de mon talent et de mon travail.

A ce propos, quel est le cadeau de Noël mode le plus facile à offrir selon vous?

Je choisirai un anti-vêtement, quelque chose dans lequel on puisse s’enrouler qui soit essentiel et qui n’ait pas d’âge. Un plaid en cashmere, pour un homme comme pour une femme, ça a du style mais ça n’est pas lié à la mode. C’est la définition même de l’intemporel. Noël est une fête où j’ai envie d’offrir des choses qui vont se transmettre et ont une forme de pérennité, qui racontent une émotion. D’ailleurs, le cadeau que je fais le mieux, c’est un dessin! Avec mes feutres, mes plumes et du joli papier, j’ai une bonne réserve de cadeaux!

Quel est le cadeau le moins «fashion» que vous ayez reçu à Noël?

Je ne reçois jamais de cadeau «fashion». Ce que j’aime est lié à l’authenticité ou à l’histoire. Quand on pense à m’offrir un cadeau en général, on ne pense pas à m’offrir des choses à la mode. Je dirais donc que le moins «fashion», c’est un olivier de plusieurs centaines d’années. Mareva (Galanter, son ex compagne, ndlr) m’avait offert un étui à craies Hermès qui est une pure merveille. Ça évite que mes poches ressemblent à Fear Factor! C’est pour moi l’idéal d’un cadeau, car dans tout présent il y a d’abord l’intention, le temps qu’on y met pour le trouver, la manière dont on a réfléchi à la personne.

Qu’aimeriez-vous recevoir cette année?

Un couple de lamas! Il y a beaucoup d’herbe qui pousse chez moi dans le Gers, je pense qu’ils seraient heureux. C’est plutôt sympathique un lama. J’aime le beau bizarre, ce qui n’est pas dans la norme, le décalé. Sinon, j’adorerais qu’on m’offre une veste du 18e siècle.

Si l’on met les cadeaux de côté, que vous évoque Noël?

La famille, c’est une chose absolument essentielle à cette période. Le plus souvent, je le passe dans ma maison du Gers entouré des gens que j’aime. Il en manque bien sûr, ça rappelle aussi qu’il y a une forme de mélancolie, de tristesse dans Noël. C’est notamment pour ça que j’aime l’électriser en y mettant un peu de pop pour enlever son côté un peu «old school».

Y a-t-il une collaboration inédite que vous aimeriez faire sur le sujet?

J’ai un rêve qui habite mon inconscient depuis toujours. J’adorerais travailler avec des santonniers du sud de la France pour créer ma crèche. L’image de la crèche est trop cristallisée et comme j’aime bien prendre les traditions et les transformer... Elle serait pop avec des personnages contemporains.

A quoi ressemble un Noël chez vous?

Ma maison de famille avec des perles d’électro qui passent en bande son. Ce sont des murs vieux de 800 ans avec des couleurs multicolores. Ce sont des créations culinaires décalées comme les fameux nems au foie gras. Mais aussi la commande d’un gâteau particulier, l’arbre qu’on est allé chercher dans la forêt. On recréé l’univers d’un joli noël classique mais rock’n’roll.

Vous prônez l'«happyculture», qu'est ce qui vous rend happy à Noël?

Mes proches. Le plus joli mot pour décrire Noël c’est un mot japonais: «setsunai», qui décrit le bonheur dans la mélancolie. Noël, c’est transcender dans l’espérance tout ce qui pourrait nous rendre triste dans la vie. Alors je regroupe tous ceux que j’aime, mes vieux amis, ceux de mes enfants, mes cousins. J’aime aller voir les paysans qui habitent à coté, boire un armagnac de mon fils. Rien de très révolutionnaire. Aller à la messe de minuit aussi, c’est un des rendez-vous qui me ramènent en enfance. Je me souviens de cette messe qui me semblait parfois longue et interminable. Et je revois dans les yeux de mon petit fils Balthazar cet émerveillement qui était mien autrefois.

Quel est votre plus beau souvenir de Noël?

J’en ai un tout à fait marquant! J’avais environ 10 ans, le sapin était dans le coin d’une pièce… Je jouais à cache-cache avec mon cousin Thierry. Il s’est mis derrière l’arbre qui a pris feu. Il fut un temps, on mettait encore des bougies, cliquées sur le sapin. Nos parents étaient affolés, on a eu peur que Thierry reste coincé et que la pièce prenne feu. (Rires) C’était un Noël de viking, on était très fiers de notre incendie.