Christine and the Queens: «Maman, si tu lis cette interview, je veux des derbies pour Noël!»

Marion Buiatti

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Christine and the Queens, une fille bien dans ses derbies.
Christine and the Queens, une fille bien dans ses derbies. — DR

INTERVIEW - Elle préfère qu’on l’appelle Christine plutôt qu’Héloïse, son véritable prénom. La chanteuse de 26 ans n’en est pas moins une personne normale, qui affectionne Noël.

Un pseudonyme marqué par sa rencontre avec des drag queens à Londres il y a quelques années. Une voix claire qui respire la joie de vivre. Un sourire presque timide, quoiqu’espiègle. Christine and the Queens s’est posé beaucoup de questions avant d’être la révélation musicale qu’on connaît. Cette héroïne des temps modernes sait aussi bien passer du rire aux larmes, comme en atteste cet entretien où elle nous dévoile le sérieux de son travail et la spontanéité de sa personnalité.

Quels sont les points communs entre Héloïse et Christine?

On en a énormément. Christine n’est pas vraiment éloignée de moi, c’est une version décomplexée de moi-même. Plus libre. Elle force tous les traits, et a donc des super qualités et des super défauts. Avec ce prénom je m’autorise plus de choses, c’est comme une position de confiance.

D’ailleurs pourquoi avoir choisi ce prénom, Christine? Y a-t-il un rapport au Christ? Un Christ féminin peut-être?

Ca pourrait. C’est intéressant cette théorie, très cultivé… Mais en fait ce choix découle d’un running gag ! (rires) J’utilisais toujours ce prénom dès que j’oubliais celui de quelqu’un, homme ou femme. C’est un prénom générique que je trouve assez joli.

Vous avez un tatouage «We Accept you»... C’est important pour vous d’être acceptée et reconnue?

Oui ça l’est. En fait, c’est la première partie d’un tatouage diptyque. Sur l’autre avant-bras j’ai fait écrire «One of us». La phrase complète est une réplique d’un film qui m’est culte: Freaks. C’est un film sur la tolérance qui m’a beaucoup influencée au début de mon projet. Ca m’a aidé à m’accepter en tant que jeune fille… Etvidemment, on fait ce métier pour être reconnu, mais il faut aussi être généreux. Il faut faire de la scène pour les bonnes raisons. Moi, j’ai eu l’impression de redevenir utile. Avant ça, j’avais fait des mauvais choix: j’étais une bonne élève, je me censurais moi-même. Maintenant, tout le monde ne va pas voir des travestis pour avoir des réponses sur soi! (rires)

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Vous dites ne pas vouloir choisir entre les genres...

Je ne pense pas être la seule à avoir cette démarche, c’est générationnel dans la musique. Je n’ai pas forcément envie d’être dans une boîte. C’est violent d’être mis dans une case. Cette envie de ne pas vouloir être enfermée dans un genre est aussi une réaction à une société machiste et pas très fantaisiste quand il s’agit de questions d’identité. Je suis très sensible à ça. Mon album et mon personnage militent pour une liberté d’exister.

Votre opus s’appelle Chaleur Humaine, n’est-ce pas ce qui caractérise Noël?

C’est vrai, c’est typique de la saison. J’adore Noël. C’est la saison la plus queer de toute l’année. Tout brille! (rires) C’est bon enfant, régressif et enfantin. Mais ça peut être assez terrible selon le vécu des gens… La meuf qui fait dans le social (rires). Je parle en tant qu’enfant d’une famille relativement unie avec qui il y a retrouvailles et dîner. Mais il parait qu’il y a un fort taux de suicide à Noël.

Quelle est la plus belle chanson de Noël selon vous?

C’est un disque, un classique: le best of de Nat King Cole. C’est hyper suave, tu as l’impression que rien ne peut t’arriver quand tu l’écoutes. C’est comme une couverture.

Vous dites avoir une «culture du personnage», un peu à la David Bowie. Que vous évoque celui du père Noël?

Tout l’inverse de ce qu’il devrait être. Ca me fait toujours penser au film L’Etrange Noël de Monsieur Jack. J’ai un problème avec les freaks et tous les gens rejetés (rires). Mais c’est un beau film où le père Noël est complètement dépassé par les événements.

Vous avez dit «on peut avoir autant d’identités que d’humeurs». Quelles sont celles que vous revêtez d’ordinaire pour Noël?

Je suis dans ma phase «petit garçon», un truc très régressif. Bon, je ne vais pas littéralement manger de la confiture sur mes doigts mais je me laisse porter.

Que souhaiteriez-vous recevoir cette année?

Quand j’étais petite, j’aimais beaucoup les bateaux pirates mais là je trouve qu’une paire de bonnes derbies ce serait bien. Je suis très chaussures, d’ailleurs maman, si tu lis cette interview… (rires)

Vous avez le sens du spectacle. Quel est le plus beau spectacle de Noël que vous ayez vécu?

Mon frère, le jour où il a déballé son scooter. Il est tellement pudique que ça pourrait le faire paniquer que je vous le dise. Mais c’est très émouvant de voir quelqu’un déballer un cadeau auquel il ne s’attend pas. J’ai cru qu’il allait mourir de bonheur!

Il paraît que vous aimez les shows à l’américaine. Seriez-vous prête à réaliser un projet artistique autour des fêtes de fin d’année comme les artistes US peuvent faire?

A la condition que ce soit un truc vraiment drôle, avec les Muppets! Mais je ne sais pas si c’est très «in», ni s’ils vont m’appeler d’ailleurs. (rires) En tous cas, côté US, la question d’une tournée se pose… Ce serait un super cadeau!

Propos recueillis par Marion Buiatti