Le vinyle, un cadeau qui fait tourner les presses françaises

REPORTAGE Découvrez les secrets de fabrication de la galette musicale revenue dans la tendance…

Marion Buiatti

— 

L'industrie du vinyle prend de nouveau son envol.
L'industrie du vinyle prend de nouveau son envol. — Jeanne Menj / Flickr

«Le vinyle s’est toujours vendu, affirme Alexandre Pequera, disquaire bordelais et organisateur du Salon international du disque de Bordeaux. La résurrection du vinyle a commencé il y a cinq ans avec une nouvelle clientèle, plus bobo, qui changeait du collectionneur et des mélomanes passionnés.» Dans sa boutique nommée Diabolo Menthe, il vend désormais de l’occasion et du neuf à «monsieur et madame tout le monde. Avec la platine, c’est devenu un cadeau phare à Noël. Ce n’est pas très cher et c’est original», poursuit-il.

Un procédé ancestral

Mais pour satisfaire la demande croissante de galettes, il fallait en relancer la production. Le ponte français en la matière, c’est la société MPO. Depuis 58 ans, elle élabore les vinyles de A à Z dans la petite commune d’Averton, près du Mans (Sarthe). «Le secret de fabrication d’un bon vinyle, c’est d’abord de bons fichiers audio fournit par les clients. On peut avoir la meilleure usine du monde, la meilleure gravure… Si le fichier audio n’est pas terrible, on n’en fera rien», intervient Fredi, directeur commercial vinyle chez MPO.

Ensuite, trois étapes sont nécessaires avant que le vinyle ne vienne fournir les bacs des disquaires et autres boutiques culturelles, avant d’être achetés pour finir sous le sapin. «C’est dix fois plus compliqué à faire qu’un CD, et toutes les étapes sont importantes», prévient Fredi.

Vient d’abord la gravure des laques. «Il y a une laque par face. C’est un ingénieur du son, très pointu et précis, qui s’occupe de ça. C’est le moment où le sillon est réalisé. Chez nous, on le fait faire dans un studio de mastering à Paris», détaille Antoine Ollivier, co-gérant et co-créateur du fabriquant artisanal M Com Musique, situé dans la banlieue de Rennes.

Une empreinte de la musique

Dans un second temps, les laques subissent une galvanoplastie. «Elles sont trempées dans un bain chimique avec du nickel pendant quelques heures. Par électrolyse, il va venir se déposer sur les laques pour former une empreinte de la musique. On appelle ça des matrices qui servent ensuite à presser les vinyles», informe-t-on chez M Com Musique.

C’est une étape capitale avant le pressage où le PVC est emprisonné à chaud entre les deux matrices, avant d’être refroidi. «Pendant ce temps on peut aussi faire les étiquettes et les pochettes qui serviront à conditionner le disque», ajoute-t-on chez MPO.

Un sillon à succès

Tous les genres musicaux, des particuliers aux majors en passant par les labels indépendants commandent aujourd’hui des vinyles. «Quitte à se faire plaisir avec un objet, les gens préfèrent mettre 15€ dans un vinyle que 5€ dans un CD pour avoir un joli produit», constate le disquaire Diabolo Menthe. Par conséquent, les rares fabricants de galettes sont débordés!

«Les usines comme les ateliers d’Europe sont pleins! On est même obligés de refuser certaines commandes faute de pouvoir les honorer», explique Fredi. Antoine Ollivier ne le contredira pas. «On travaille avec des machines semi automatiques, chaque vinyle est contrôlé à la main. Nous sommes obligés de refuser certaines commandes car on peut réaliser cent pièces maximum par heure», assure l’entrepreneur qui s’est lancé dans ce nouveau métier par passion fin 2014. Le vinyle est assurément une mine de diamants qui ne risque pas de tarir de si tôt.