Il était une fois... La Compagnie du Kraft

Nicolas Richoffer
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Nicolas Recoing se passionne pour les vieilles machines qui font l'authenticité de sa marque, La Compagnie du Kraft.
Nicolas Recoing se passionne pour les vieilles machines qui font l'authenticité de sa marque, La Compagnie du Kraft. — 20 minutes - Magazine

REPORTAGE - La marque de papeterie française se réapproprie les codes d'antan pour faire perdurer l'âme d'un savoir-faire trop souvent délaissé. Plongez au cœur de son histoire...

Quand on franchit la porte de cet atelier, en plein centre de Poissy, on pénètre dans un paradis pour chineurs. Ici, tout ou presque nous ramène cinquante ans en arrière. En dehors des heures de travail, on pourrait même se croire dans un garage où dorment de vieilles machines vouées à la casse. Nous sommes pourtant dans un atelier bien actif, celui de La Compagnie du Kraft, fabricant de papeterie.

«Nos machines les plus récentes datent de 1970», raconte Nicolas Recoing, fondateur de la marque. «Dans les années 50, cinq ouvriers travaillaient ici. Aujourd’hui, Philippe est tout seul pour fabriquer tous les composants de nos produits, puis nous les stockons à coté et ne les assemblons qu’à la demande, afin d’offrir des possibilités de personnalisation.»

Tout reprendre de zéro

Nicolas Recoing n’est «pas du sérail». Entendez par là qu’il n’a pas de bagages dans le monde de l’imprimerie, et pour cause: il s’est retrouvé là sur un coup de cœur, presque par hasard… «Je suis éditeur de logiciel à la base. Arrivé à la quarantaine, fin 2004, mon second enfant venait de naître, et je vois de jolis faire-part en papier kraft. L'entreprise me dit "vous allez être notre dernier client! On va mettre la clé sous la porte car on ne s'en sort pas." C'était un mercredi, j'ai racheté la boite le dimanche.»

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Il ne restait que deux contrats, très peu de valeur ajoutée et un chiffre d'affaire sans marge. «Deux ans après, j’ai visité la propriété de chasse du Duc de Westminster, j'y ai trouvé un vieux carnet de liaison entre les forestiers et les commis, dont les premiers écrits dataient de 1928. Il était simple et efficace, j’ai tout de suite voulu m’en inspirer.»

Une entreprise qui a du coeur

Depuis, le succès n’a fait que grandir. La Compagnie du Kraft est même devenue un must-have chez les branchés. «Je crois que cette réussite tient beaucoup à la sincérité et aux facteurs d’authenticité: le carnet des années 20, l'atelier des années 30», analyse Nicolas.

«On a voulu jouer, se faire plaisir, et si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas tant pis. Mais on n'a jamais voulu se lancer dans le marché de masse», poursuit-il. Sa petite entreprise produit 25.000 pièces par an, car même s’il «montait à 250.000, on ne pèserait jamais rien dans ce marché de plusieurs centaines de millions de carnets vendus chaque année.»

Et puisque l'entreprise veut rester un petit acteur, sa philosophie est de «donner du plaisir», tant aux clients qu’aux gens qui travaillent dans cette atelier à taille humaine. Julie a seulement 23 ans mais elle est déjà chef d'atelier. «Elle dirige Philippe, la cinquantaine, notre typographe». Un œil dans le rétro, et l’autre tourné vers l’avenir, La Compagnie du Kraft s’est créé une formule sur mesure pour faire perdurer un certaine idée de la papeterie.