Qui était Pablo Escobar, roi de la cocaïne?

Portrait Des petits crimes aux milliards, retour sur le parcours du plus grand trafiquant de drogue de l'Histoire...

Rédaction 20 Minutes
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Pablo Escobar tolérait très peu la consommation de cocaïne par ses collaborateurs.
Pablo Escobar tolérait très peu la consommation de cocaïne par ses collaborateurs. — L. Benavides /AP/ Sipa

«El magico», un surnom révélateur. Pablo Escobar était quelqu’un d’exceptionnel, au sens premier du terme. Profitant de l’engouement pour la cocaïne dans le courant des années 1970, il apprend très vite à surfer sur la vague blanche qui le conduira d’abord aux confins de la richesse, puis de la popularité, pour finalement s’abattre sur lui dans un violent tsunami qui le mènera à sa perte.

Des débuts fortuits

Pablo Escobar, surnommé "El magico". El Tiempo Colombie / Sipa
Pablo Escobar, surnommé "El magico". El Tiempo Colombie / Sipa

Son parcours est relativement classique, pas très original. «Il a eu une jeunesse de délinquant issu d’un milieu défavorisé qui a rencontré une opportunité et l’argent facile», indique Thierry Noël, auteur de la biographie Pablo Escobar trafiquant de cocaïne (éd. Vendémiaire, 2015). Dans une publication anonyme datée de 1989, rapportée dans le livre de Pierre Bellemare et Jean-François Nahmias intitulé L’enfer, 15 histoires au cœur des mafias et des sectes (éd. Flammarion, 2011), Escobar raconte précisément ses débuts en tant que narcotrafiquant.

«Comment ai-je commencé? J'étais jeune, j’avais envie de vivre et j’avais de l’ambition. Je ne connaissais rien des affaires du narcotrafic. C’est alors que j’ai rencontré un jeune gringo dans une discothèque de Medellín, il avait un avion et voulait acheter de la cocaïne dans le pays. Plus tard, j’ai pris ma décision. Je l’ai mis en contact avec des gens spécialisés. Dès lors, je me suis trouvé embarqué dans cette filière, où j’ai fait entrer de nombreux amis. Nous avons commencé à vendre de la marchandise à ce pilote américain, qui arrivait en Colombie avec son avion US et payait comptant en dollars. Ce commerce me semblait facile à première vue: il y avait peu de risques, c’était rentable. En plus, il ne fallait tuer personne, ce qui m’était important. A cette époque, ce trafic ne faisait pas la une des journaux… Au fond, je trouvais cette activité normale.»

Néanmoins, «il est toujours resté discret et n’a jamais vraiment admis être un narcotrafiquant», détaille Thierry Noël. Même lorsque qu’il est inculpé et conduit dans la prison quatre étoiles colombienne dite «La cathédrale» en 1991, ce n’est que pour un délit mineur. «Il a su persécuter le milieu de la justice en assassinant des gens, et en éliminant les témoignages et les dossiers judiciaires qui le concernaient», soutient l’auteur. C’est d’ailleurs en commanditant le meurtre du ministre de la justice colombien, Rodrigo Lara Bonilla, en 1984 que Pablo Escobar devient l’ennemi public numéro 1 du monde entier.

Un homme ambivalent

Quand sa tête est mise à prix «ça lui plait, c’est une gloire d’avoir son portrait avec la récompense comme les bandits populaires à la Pancho Villa ou Al Capone, pour qui il a toujours eu une passion», indique Thierry Noël. Il vaut mille millions de pesos selon la justice! Et son pécule issu de ses activités illicites est estimé à 30 milliards de dollars, ce qui, dans les années 1980, le classe comme la septième fortune de la planète. «Ce genre de personne assis sur des fortunes, à un moment, ça leur fait penser qu’ils peuvent tout faire. Escobar a donc, de manière totalement contradictoire, aussi été un terroriste. Il défendait le peuple colombien tout en commanditant des attentats et en faisant usage de corruption avec le fameux ‘plata o plomo’ (l’argent ou le plomb) qui indiquait que ses interlocuteurs n’avaient pas le choix», poursuit l’écrivain.

Très attaché à sa famille, qui causera d’ailleurs sa perte, Pablo Escobar les protégera de ce milieu qu’il juge lui-même malsain… Mais auquel il est accro, contrairement à la cocaïne. «C’est une chose de trafiquer, mais en ce qui concerne sa consommation, il considérait ça comme une faiblesse, un défaut. Il ne le tolérait d’ailleurs que très peu, voire pas, chez ses collaborateurs et méprisait au plus haut point son acolyte Carlos Lehder qui y était accro», affirme Thierry Noël.

Effacer ses péchés avec de l'argent sale

Le pouvoir et l’argent lui montent à la tête et lui font commettre et commanditer d’abominables actes. «Il jetait des bombes dans les écoles, dans les supermarchés… partout», a rapporté Miguel Maza Marquez, chef des services secrets colombiens de 1985 à 1991, dans un documentaire télévisé. «C’était le chef du cartel de Medellín dont la réputation était d’être le cartel le plus impitoyable, le plus violent et le plus meurtrier de toutes les organisations criminelles connues dans le monde à l’époque», ajoute Morris Busby, ambassadeur des Etats-Unis en Colombie de 1991 à 1994, dans un autre reportage télévisé.

Et comme pour se laver de ses pêchés, son âme charitable, couplée à son ambition politique - il est élu délégué suppléant à la chambre des représentants en 1982 - n’a de cesse de soutenir les classes démunies. Tel un mécène, il fera construire des logements, des écoles sportives, et même un quartier entier à Medellin nommé «Barrio Pablo Escobar». Il est si habile qu’il en devient populaire, aussi, lors de ses funérailles, des milliers de colombiens scanderont: «Viva Pablo, le peuple est avec toi!».

Une chute inévitable

A trop se faire remarquer publiquement, El Magico a éveillé la curiosité des autorités. Quand tout le monde est à ses trousses, il trouve tout de même le moyen, en 1988, de déclarer à la journaliste radio Yolanda Ruiz: «Je suis parfois accusé de narcotrafic. C’est une activité qui, historiquement, a été déclarée comme illégale pour le moment. Mais dans le futur, il sera montré qu’on va en venir à la légalisation.» Comme un enfant, il joue avec le feu. Il est finalement emprisonné en 1991 après s’être rendu contre la promesse de ne pas être extradé aux Etats-Unis… Ça ne l’empêche pas de continuer à mener ses affaires de front et même de profiter de prostituées, avant de s’évader en 1992.

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18 mois de traque ont été nécessaires aux 2.000 policiers et militaires pour le retrouver et l’abattre. Selon la revue colombienne Semana, cette opération baptisée Heavy Shadow a été possible grâce au concours de la DEA, la CIA, la NSA et le FBI. «Seule sa mère et son garde du corps savaient où il se cachait. Il a été détecté alors qu’il était en communication téléphonique avec son fils», raconte l’auteur Thierry Noël. «Sa famille, c’était son talon d’Achille, c’était toute sa vie», confiera Jhon Jairo Velasquez, alias Popeye, un de ses anciens lieutenants, dans un documentaire. C’est ainsi que, le 2 décembre 1993, Pablo Escobar décède à l’âge de 44 ans, abattu par balle alors qu’il tentait de s’enfuir par les toits.

Personnage fascinant s’il en est, il est devenu «un modèle pour beaucoup de narcotrafiquants, c’est un pionnier en la matière qui a combiné son goût de la confrontation avec une certaine discrétion. Aujourd’hui encore, il possède cette image extraordinaire que peu d’autres pourraient désormais atteindre dans le milieu de la drogue, particulièrement atomisé», conclut Thierry Noël.

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