Le Makay, joyau de Madagascar, se découvre à Lyon

Exposition Le musée des Confluences consacre à partir d’aujourd’hui une exposition à ce territoire exceptionnel

Jade Raffat

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Avec son lac et ses palmiers, le canyon Andakatomenavava est un écosystème emblématique du Makay. Lancer le diaporama
Avec son lac et ses palmiers, le canyon Andakatomenavava est un écosystème emblématique du Makay. — Vincent Romera

Voilà un site sauvage et vierge comme il en existe peu dans le monde. Le massif du Makay, situé au sud-ouest de Madagascar, est une barrière montagneuse composée de plateaux de grès ruiniforme (à l’aspect de ruines) et de profonds canyons. Ce massif s’étend sur 4.000 km2 et culmine à 1.000 m. Vu du ciel, il prend la forme d’un « cervelet géant composé de poches de forêts humides », illustre Evrard Wendenbaum, fondateur de l’association Naturevolution, qui organise des missions sociales et environnementales au côté de volontaires sur place.

« Maka » signifiant « prendre », et « Aina » désignant la « vie », on peut donc traduire le nom du site par « reprendre vie ». Et pour cause, le Makay est aussi un immense réservoir d’eau qui alimente toute la région et ses forêts abritent des espèces uniques et endémiques du pays. C’est d’ailleurs ce qui lui vaut d’être désigné comme le coffre-fort de la biodiversité de l’île. Le musée des Confluences, à Lyon, rend hommage à ce trésor préservé à partir d’aujourd’hui, et jusqu’au 22 août 2021, à travers une exposition immersive.

Un hotsport de la biodiversité

Le massif du Makay abrite de nombreuses espèces endémiques dont des lémuriens, des amphibiens, et le fossa (photo), un mammifère carnivore aux airs de petit puma. Côté flore, on y comptabilise plus de 300 espèces de plantes différentes. Une telle variété est possible car le lieu est à la fois riche en eau, escarpé et difficile d’accès pour l’homme.

Le propithèque de Verreaux, roi des lieux

Le propithèque de Verreaux, est un primate très présent sur le massif du Makay. « Dans chaque forêt, on trouve une dizaine de familles », constate Evrard Wendenbaum. Ce lémurien est reconnaissable à sa longue queue et son visage noir cerclé de blanc.

Chauve-souris XXL ou renard volant ?

La roussette de Madagascar est exclusive à l’île. Cette espèce de chauve-souris figure parmi les plus grandes du monde avec un corps de 25cm et une envergure d’1m. La forme et la couleur de son visage lui valent souvent le surnom de renard volant roux. Hélas, comme le propithèque de Verreaux, elle est menacée par la déforestation.

L’incroyable serpent à nez de feuille

Madagascar abrite plus de 400 espèces de reptiles. Parmi les nombreux serpents, on en trouve un particulièrement original, le serpent à nez de feuille, reconnaissable à son long nez pointu. Ce surprenant spécimen, qui peut atteindre 1m de long, a été découvert en 2017 par une équipe de Naturevolution. L’animal reste très difficile à dénicher car il se confond avec les lianes des forêts sèches du Makay. « Sa découverte s’associe à une centaine d’autres découvertes ; que ce soient des plantes, des animaux et même des vestiges archéologiques », ajoute Evrard Wendenbaum.

Le zébu, un acteur majeur du Makay

Importé par les Arabes en Afrique, le zébu vit à Madagascar depuis le Ve siècle et représente la principale richesse locale. « L’importance sociale d’un Malgache va de pair avec le nombre de zébus qu’il possède », explique le président de Naturevolution. L’animal a donc un rôle majeur dans tout le pays et est traditionnellement volé pour être offert en dot. Associée à la crise alimentaire, cette coutume nommée dahalo entraîne des pillages pour s’approprier le bétail. Les voleurs vont jusqu’à s’organiser en bandes et terrorisent la population.

DirtyBiology touché en plein cœur par le massif

En 2017, le youtubeur Léo Grasset, alias DirtyBiology, a participé à une expédition scientifique dans le massif du Makay. Dans son documentaire, il déclarait à propos du lieu : « La diversité biologique qui trouve refuge dans ces canyons est impressionnante, et je crois que le mot “biophilie”, l’amour spontané du monde vivant, a été inventé juste pour décrire ce qu’on ressent dans ce genre d’endroit. »

Des acteurs engagés pour un tourisme responsable

Sylvain Philip est le fondateur de l’agence locale Détours Madagascar. « Un voyage éthique passe par le respect de l’environnement et la valorisation de la population locale. En lui proposant de travailler comme porteur, guide ou pisteur, nous lui offrons une alternative au dahalo. »

Stephane Piquart, chasseur de senteurs

Stéphane Piquart est ce que l’on appelle un sourceur de matières premières pour le parfum. Ce métier très méconnu consiste à parcourir le monde à la recherche de matières dont la parfumerie a besoin pour créer ses fragrances. Ses recherches le conduisent donc régulièrement dans le massif du Makay à la recherche de senteurs uniques.

La nuit malgache s’invite au musée

Dans le massif du Makay, c’est durant la nuit que tout se joue. Une fois le soleil couché, les animaux sortent de leurs cachettes et un bal sonore et visuel se met en place. L’exposition au musée des Confluences propose une immersion dans ce monde nocturne où tous les sens s’éveillent. Le public peut ainsi avoir un aperçu de ce que ressentent les explorateurs dans ce territoire reculé de l’île de Madagascar.

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