Les rappeurs mettent le turbo à leur flow

Rédaction 20 Minutes

— 

En 2012, Dr. Dre et Eminem confrontaient leurs flow au festival de Coachella
En 2012, Dr. Dre et Eminem confrontaient leurs flow au festival de Coachella — Chris Pizzello / AP / SIPA

MUSIQUE - Les rappeurs ne sont pas des chanteurs comme les autres. Ils ont la particularité de, parfois, déblatérer leurs textes à des vitesses vertigineuses, comme Eminem dans son dernier single Rap God. On appelle ça le « flow ».

>>> 20Minutes met le turbo. Ces fonceurs aussi. Découvrez leur portrait.

Certains en font leur fond de commerce et placent la performance « orthophonique » devant toute autre considération artistique. D’autres voient cet exercice comme une des caractéristiques naturelles de leur art et l’incluent de manière sporadique dans leurs performances.

Mais le flow n’est pas seulement un exercice de style, c’est aussi un exercice physique qui demande une grande maîtrise. « Un rappeur est un chanteur », explique Nathalie Dupuy, coach vocal au Studio des Variétés et qui a notamment travaillé sur PopStar (édition RnB et Rap) et sur The Voice. « Ce n’est pas quelqu’un qui ânonne des mots. La mise en place est la même que pour un chanteur de rock. Il est impératif que le souffle soit en place. C’est très physique et cela demande une précision musicale ».

Du souffle, de la maîtrise, une bonne préparation, le flow peut presque s’apparenter à un sport. « Il faut, dans le même temps, bien gérer la façon dont l’air va rentrer, le placement des voyelles, ajouté à une bonne connexion dynamique, un bon soutien, insiste Mme Dupuy. En classique, cela s’appelle la contre-poussée qui donne une bonne conduction du son. Plus les phrases sont longues ou extrêmement scandées, plus il faut d’air. De plus, il faudra qu'il soit bien installé pour que le débit de l’air accordé au débit du son, se fasse avec agilité ».

Rattrape-moi si tu peux

Pas étonnant que les fans se disputent la suprématie de leur rappeur préféré sur cette « discipline ». Dans son dernier morceau, Rap God (littéralement, dieu du rap), Eminem réussit l’exploit de prononcer 101 mots en 16 secondes. Le français Maître Gims aurait quant à lui, prononcé 102 mots en seulement 15 secondes dans Eh Merde, titre du groupe Sexion d’Assaut sorti en 2007.

Mais tous ces rappeurs ont été surpris de constater qu’un jeune Américain, inconnu du grand public, réussissait à se faire un nom grâce à une vidéo postée sur Youtube en 2011... faisant alors preuve d’un flow défiant toute concurrence. Son nom ? George Watsky. Slammer, rappeur et poète, ce Californien a mis tout le monde d’accord en se filmant avec son chat en arrière plan, afin de prouver qu’il n’y avait aucun montage dans la vidéo. Pas bête, le jeune homme a sous-titré le tout pour que les gens puissent suivre le texte. 24 millions de vues Youtube plus tard, Watsky s’est vu ouvrir les portes des talk-shows américains où il a pu expliquer que le débit seul ne comptait pas, qu’il fallait que les paroles soient intelligibles pour que le flow soit efficace.

Julien Kauffman