Au détour d’un chemin de randonnée, une œuvre d’art. Il s’agit du pari réalisé il y a dix ans par l’Office de tourisme du massif de Sancy, avec son festival de land art Horizons Arts Nature. Le land art, de l’art contemporain conçu autour d’un site naturel, a déjà vécu de beaux jours dans le massif, alors que le festival s’apprête à fêter ses dix ans du 18 juin au 25 septembre 2016. Retour sur un projet culturel hors normes.

Des œuvres nichées dans la nature

Le festival Horizons Arts Nature, c’est l’occasion pour une dizaine d’artistes chaque année de mêler leur inspiration avec la beauté de la nature. Ce projet a germé en 2007. A l’époque, la communauté de commune a chargé l’Office de tourisme du Massif du Sancy d’organiser un projet culturel. «Le directeur de l’époque s’est dit que notre richesse, la nature, pouvait être mise en lumière à travers l’art, afin de développer le tourisme», se souvient Magalie Vassenet, responsable événementielle d’Horizons pour la sixième année.

Le défi de l’Office de tourisme semble aussi avoir inspiré les artistes, à l’instar de Pier Fabre, qui a été sélectionné sur une liste initiale de 250 candidats par deux fois, en 2011 et en 2014. «C’est le rapport au site qui est intéressant. Le fait de travailler dans la nature et non pas dans le confort d’un atelier c’est formidable», s’enthousiasme l’artiste. D’ailleurs, son œuvre de 2011, intitulée Le Réveil, connut un vif succès. «C’était une représentation graphique en 3D d’une éruption volcanique. Je l’ai réalisé grâce à une centaine de rubans suspendus à des cercles légers. Il n’y avait pas de structure porteuse donc les rubans étaient animés par le vent, ce qui donnait des effets cinétiques spectaculaires», décrit-il.

Travailler en extérieur, un exercice parfois compliqué

A contrario, travailler en plein air peut présenter certaines difficultés. «Il y a des aléas climatiques, de la neige, du vent, de la pluie, ou des animaux qui agissent sur l’installation», nuance Pier Fabre. Cette situation, Francesca Bonesio et Nicolas Guiraud la connaissent bien. A eux deux, ils forment le collectif Atelier 37.2. En 2012, lauréats au festival, ils ont bâti un squelette «fantasmagorique» et gigantesque, long de plus de 200m, sur le monticule rocheux d’un ancien volcan. Ils ont appelé leur œuvre Artéologie. «Nous avons voulu faire référence au passé de ces volcans, faire émerger une mémoire, d’où le squelette de cet animal de la famille des mammouths», relate Francesca Bonesio.

A l’issue de l’exposition, les deux artistes ont remarqué un phénomène amusant au sujet des vaches qui paissaient là où était installée leur œuvre. «Tout au long du festival, elles se sont frottées à la même vertèbre», s’amuse Francesca Bonesio. Heureusement, les animaux ne se sont pas blessés et le squelette des artistes est resté intact.

Pour réaliser "Artéologie", les artistes du collectif Atelier 37.2 ont dû faire face aux aléas de la nature, et notamment aux animaux qui risquaient de se blesser et d'endommager l’œuvre. - Atelier 37.2

Pour réaliser "Artéologie", les artistes du collectif Atelier 37.2 ont dû faire face aux aléas de la nature, et notamment aux animaux qui risquaient de se blesser et d'endommager l’œuvre. - Atelier 37.2

«Stimuler l’imaginaire»

L’idée leur est venue «comme les enfants imaginent des formes dans les nuages, compare Nicolas Guiraud. Le python rocheux avait une forme de crâne de squelette, et on s’est mis à dessiner des formes sur le dessin de base, le paysage...» Cette façon de «stimuler l’imaginaire», des mots de Francesca Bonesio, Pier Fabre l’a ressentie aussi. «Ça m’a permis de réaliser des projets dont je n’aurais pas eu l’idée autrement, et de progresser dans ma pratique artistique», déclare-t-il. Une preuve de plus que le festival est aujourd’hui bien installé.

Pourtant, les organisateurs ne prévoient pas de souffler les dix bougies en grande pompe, puisqu’il n’y aura pas d’événement particulier cette année, mises à part les œuvres installées sur le territoire bien sûr. Mais s’il n’y a pas de fête d’anniversaire, le projet grandit tout de même, puisque la ville de Clermont-Ferrand les a sollicités pour installer une œuvre en milieu urbain. Il est même question d’un projet avec l’île de Taiwan, où un professeur d’architecture a repéré le festival. Parti comme il l’est, le festival Horizons risque bel et bien d’en explorer de nouveaux.

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