Se baigner dans le canal de l'Ourcq en plein Paris, c'est possible

Camille Castres

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Vincent (à l’extrême droite), Pierre avec sa bouée bleue, Amadou, accroupi avec sa bouée violette, et tous les amis se préparent pour le grand saut dans le canal de l’Ourcq.
Vincent (à l’extrême droite), Pierre avec sa bouée bleue, Amadou, accroupi avec sa bouée violette, et tous les amis se préparent pour le grand saut dans le canal de l’Ourcq. — Camille Castres

REPORTAGE – Il fait chaud et vous êtes à Paris tout l’été. Pas de panique! Le Laboratoire des baignades urbaines expérimentales, qui prône la baignade en milieu urbain, pourrait bien être votre salut…

«Faire des ronds dans l’eau» comme le chantait Henri Salvador, et plus que ça! Le 31 juillet, Pierre, Vincent et Amadou, trois amis originaires d’Angers, ont convié tous leurs potes au canal de l’Ourcq à Paris pour piquer une tête et s’éclater dans l’eau. Alors que les bords du canal sont investis par une faune joyeuse, les militants du Laboratoire des baignades urbaines expérimentales gonflent des bouées colorées.

Pierre, lunettes noires et barbe foisonnante, revient sur la genèse du projet. « En 2012, lors d’un voyage à Amsterdam, on a vu des gosses sauter dans le canal depuis un ponton. En se jetant à l’eau nous aussi, on a compris le plaisir de se baigner dans un décor urbain». Vincent, 23 ans et urbaniste comme Pierre, renchérit : «En rentrant à Paris, on s’est baigné un peu partout. Est alors venue l’idée créer un collectif pour légitimer notre action: se réapproprier les plans d’eau et profiter de ses joies comme c’était possible à l’époque. La Seine était jusque dans les années 70 un espace de loisir.»

«Faire un pied de nez à la mairie»

«On est des militants du plaisir de la baignade car c’est un kif universel», glisse, amusé Amadou, qui travaille dans un label de musique, avant d’ajouter: «On veut aussi réinterroger l’interdit». En effet, comme le rappelle la brigade fluviale, «pour des questions d’hygiène et de sécurité, la baignade est défendue en Ile-de-France sous peine de payer une contravention de 38 euros».

Pourquoi voir la baignade comme un univers sale et dangereux se demandent les trois copains? Sans être sûrs qu’elle soit légale dans des pays comme le Danemark, l’Allemagne ou la Suisse, ils affirment que là-bas, une grande liberté est tacitement accordée aux citoyens, renvoyés à leur propre responsabilité. «Nos actions, c’est en plus pour faire un pied de nez à la mairie. Paris-Plage est une opération étrange: on évoque les joies de la plage sans pouvoir aller à l’eau. La mairie s’en rapproche tout en ayant peur d’elle en fait », analysent-ils.

Ne pas avaler l'eau

21 heures, c’est le moment de plonger. On accroche la banderole sur laquelle est dessiné leur logo: une bouée en forme d’immeuble. Les mecs se mettent en hâte en maillot de bain. Les filles, moins nombreuses – «question pudeur» sourit Vincent – les imitent. Et en criant, tous sautent sous le regard halluciné des badauds. Si certains demandent «C’est pas trop dégueu?», beaucoup, comme Malika et son fils Yanis, saluent l’initiative. «Formidable ! Si j’avais mon maillot de bain je les aurais accompagnés», s’enthousiasme-t-elle.

A peine une demi-heure après le premier plouf, tous ces joyeux poissons doivent regagner la terre ferme. Les agents de sécurité de la mairie de Paris les interpellent : «Regardez le panneau, ce n’est pas autorisé, il y a des germes». Mais Vincent tempère: «Des études ont montré que le canal de l’Ourcq n’était pas si sale. Il ne faut pas avaler l’eau, c’est tout».

Camille Castres 

 

Les 4 spots préférés du collectif

-  La fontaine du Trocadéro : « pour ses puissants jets d’eau et sa vue imprenable sur la tour Eiffel »

-  La fontaine de la place des Vosges : « pour son architecture en forme de coupe de champagne »

-  Le Canal de l’Ourcq : « pour sa propreté et sa convivialité »

-  Le bassin de la Villette : « pour le plaisir de plonger avec les gamins du quartier »