Comment expliquer le succès des momies sur nos écrans?

cinéma Bandelettes, malédictions et sarcophages sont toujours au programme de ce personnage indémodable....

Alexis Moreau

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Heureusement, l'image des momies s'est un peu modernisée.
Heureusement, l'image des momies s'est un peu modernisée. — Rex Features/Sipa

«Wow, encore un film sur une momie? Sérieusement?» Cette réaction, vous l’avez peut-être eue en apprenant qu’un nouveau long métrage baptisé La Momie allait sortir en salle. Un reboot version 2017 du film La Momie sorti en 1999, lui-même largement inspiré de The Mummy, réalisé en 1932 par Karl Freund, lui-même inspiré de… Bref, les réalisateurs du monde entier éprouvent régulièrement le besoin d’entourer un homme, ou une femme, de bandelettes et de le faire courir devant une camera pour effrayer les foules. Mais pour quelle raison? Nous avons tenté de percer ce mystère.

Point numéro un, avant d’être un personnage récurent du grand écran (plus de 300 films ont été tournés autour de ce thème), la momie était d’abord un monstre d’encre et de papier. De Théophile Gauthier à Sir Arthur Conan Doyle, nombre de grands écrivains du XIXe siècle ont été inspirés par les mystères de la civilisation des pharaons.

Mais si ces macchabées enroulés ont commencé à nous faire flipper, c’est à cause de la malédiction de Toutânkhamon. La légende prétend que les membres de l’expédition ayant procédé à l’exhumation de la momie du pharaon, en 1922, seraient tous, ou presque, morts de façon surnaturelle à cause de leur découverte. Une histoire étrange, qui connut «un immense retentissement» selon Renan Pollès, chef opérateur et réalisateur, auteur du livre La Momie de Khéops à Hollywood: généalogie d’un mythe. La figure de la momie vengeresse et maléfique allait naître. «C’est le cinéma hollywoodien des années 1930 qui l’a ensuite popularisée, en même temps que d’autres créatures comme Dracula ou Frankenstein».

Pourquoi flippe-t-on encore aujourd’hui?

Quatre-vingts ans plus tard, les frissons sont toujours là. Les bandelettes «parce qu’on ne sait pas vraiment ce qui se cache dessous», mais aussi les «caves», autrement dit les tombeaux, sont parmi les principales raisons évoquées dans les couloirs de 20 Minutes pour justifier nos sursauts. Mais pour Renan Pollès l’essentiel est ailleurs. Beaucoup de films préférant jouer avec le côté invincible des momies. «Elles ne peuvent pas être détruites, elles sont parfois insensibles aux balles. Les héros n’arrivent pas à les vaincre…». Bref les cadavres embaumés ne craignent pas la mort.

Sauf qu’accompagné d’une bonne bande-son et d’effets visuels, en 2017 n’importe quel enfant, objet ou vieille bâtisse peut devenir terrifiant. Si nous sommes encore envoûtés par les momies ce n’est pas tant «pour leur côté morbide, qui est une invention», explique l'égyptologue Nathalie Lienhard. Ni pour leur tendance à se (re)lever du mauvais pied et à en vouloir aux vivants. La momie représente en réalité une «quête de la vie éternelle», la volonté des Égyptiens de «préserver le corps du défunt» et une possibilité d’échapper à la mort. Bref, une lutte contre le cycle de la vie, qui séduit spectateurs et réalisateurs.

>>> Retrouvez tout notre dossier sur La Momie dans le cadre de la sortie en salle du film le 14 juin 2017

Sommes-nous condamnés à mater des films à base de monarques plurimillénaires jusqu’à la fin des temps ? «A chaque fois, on se dit que c’est un vieux personnage, que c’est mort (sans jeux de mots), que la momie ne réapparaîtra plus. Puis tous les 20, 30, 40 ans, on y revient», conclut Renan Pollès. Coriace.

>>> Retrouvez tout notre dossier consacré à La Momie, à l'occasion de sa sortie en salle, le 14 juin