AUTOMOBILE - Le modèle de production «extraction-fabrication-déchets» montre aujourd’hui ses limites pour beaucoup d’entreprises. Renault a décidé de réagir…

Chaque année, 12 millions de véhicules sont détruits dans l’Union Européenne. Par ailleurs, le constructeur automobile français Renault voit diminuer de manière alarmante ses réserves de matières premières.

Le groupe s’est alors tourné vers l’économie circulaire et utilise ses déchets comme matériaux de fabrication. «C’est un mélange de volonté et de nécessité qui nous a poussé à agir», raconte Jean-Philippe Hermine, directeur du plan et de la stratégie environnement chez Renault.

Un modèle gagnant-gagnant

L’alternative la plus utilisée est le reconditionnement. Cela consiste à remettre en état une pièce détériorée. Pour l’entreprise, c’est beaucoup moins coûteux que le recyclage. Dans l’usine de Choisy-le-roi, les boîtes de vitesse et moteurs usagés sont récupérés, réparés, puis remis dans le circuit. Ces pièces «remanufacturées» servent uniquement à l’entretien des véhicules en cours d’usage.

«Elles sont 30 à 50% moins chères pour l’utilisateur, et répondent aux mêmes tests de qualité, affirme Jean-Philippe Hermine. C’est une solution moins chère et plus respectueuse de l’environnement. Cela a aussi permis de changer les habitudes de nos fournisseurs de pièces d’occasion», ajoute-t-il.

Selon le groupe automobile, la production d’une pièce «remanufacturée» permet d’économiser jusqu’à 80% d’énergie et 70% de déchets. Grâce à cela, cette usine ne produit aucun déchet final destiné à l’enfouissement. Ce marché du reconditionnement est une filière d’avenir, pour les PME notamment. Il est estimé entre 8 et 10 milliards d’euros en Europe, par la Clepa (Association européenne des fournisseurs automobiles).

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Bouleverser les chaînes de production

Selon Ellen Mac Arthur, «il faut que les produits soient construits pour être déconstruits». La navigatrice britannique, présidente de sa fondation pour l’économie circulaire, donnait le 14 mai une conférence à la Sorbonne. L’occasion pour elle de rappeler que l’avenir réside dans la fabrication de produits conçus dès l’origine pour être facilement désassemblés. Les adeptes de l‘économie circulaire, comme elle, vont même plus loin et proposent de revoir l’idée de la propriété.

Louer sa machine à laver au lieu de l’acheter reviendrait moins cher aux utilisateurs et à celui qui la louerait. Renault a adopté ce modèle pour ses véhicules électriques dont les batteries sont louées aux utilisateurs. L’entreprise en garde la propriété, et peut récupérer la batterie en cas de problèmes et la réparer.

Un bouleversement pour les fournisseurs

Mais sa démarche n’est pas vu d’un bon œil par tout le monde: «Avec ce changement nous avons bouleversé les chaînes fournisseurs en leur demandant de nous donner moins de produits et de les entretenir plus longtemps à la place», explique Jean-Philippe Hermine.

 

Renault fait partie du programme «Les 100 de l’économie circulaire», mené par la fondation MacArthur, qui réunit 75 entreprises internationales  pour s’engager sur 3 ans à développer et mettre en œuvre des projets autour de l’économie circulaire. L’idée est de créer un réseau d’entreprises complémentaires dans le cycle de vie des produits, et aussi de former les élites du monde de l’entreprise à ces enjeux.

Aude Massiot