SOCIETE - Venu de New York, le freeganisme permet de lutter contre le gaspillage alimentaire, et de se nourrir gratuitement.

«Je suis un peu la justicière du marché.» Depuis deux ans, Mélissa est une «freegan»: elle se nourrit gratuitement en récupérant les produits jetés. Le mot, qui vient de l'anglais, est la contraction des deux mots "free" ("gratuit" en anglais), et "vegan" qui signifie "végétalien". Il est 14 h 15, ce dimanche de début mai, au marché de la place Monge dans le 5e arrondissement de Paris. Les marchands commencent tout juste à remballer leurs marchandises. Un grand sac noir sur l'épaule, c'est l'heure du glanage pour la jeune fille.

«Regardez ce melon comme il sent bon», s’émerveille Mélissa. Le fruit invendu trône sur une des palettes laissées à disposition des glaneurs par une marchande.

«Il ne faut pas avoir peur de se prendre des râteaux»

A 24 ans, l'étudiante est une habituée des fins de marché. Après avoir repéré fruits et légumes sur les étales, elle demande directement aux marchands leurs invendus. «Il ne faut pas avoir peur de se prendre des râteaux.» Peu importe qu'on la regarde parfois avec pitié. «Je ne suis pas SDF. Récupérer la nourriture jetée, c'est un acte responsable.»

Bilan de la journée? Cinq poireaux, des laitues, plusieurs bottes de radis, des framboises, trois kiwis, et même du pain rassis pour les chevaux de sa mère... «Et là c'est un petit jour.»

Le fait de gâcher la nourriture l'a toujours insupportée, mais c'est sa condition d'étudiante «fauchée» qui l'a poussée à adopter ce mode de vie. «Je m'amuse en glanant, et puis personne ne sait qui je suis vraiment», plaisante l'étudiante en sciences politiques. Elle adore cuisiner, et les produits frais n'attendent pas. Alors, une fois chez elle, pas de temps à perdre. Fruits et légumes bouillent très vite dans la marmite. «C'est fatigant mais j'ai assez à manger pour un mois!»

Boulimique du freeganisme

Ses placards sont remplis de bocaux de confitures et le congélateur déborde de soupes: «Ma colocataire fait la tête parce qu'elle voudrait des glaces.» De la farine, de l'huile... Ce sont les seuls ingrédients basiques que Mélissa achète. Pour pouvoir manger des féculents et des protéines, elle troque ses bocaux contre des plats préparés par ses amis. La jeune femme parvient ainsi à avoir une alimentation équilibrée sans jamais rien payer.

Boulimique du freeganisme, elle se retient de ne pas tout récupérer. Trois bottes de radis vont à la poubelle, et c'est un déchirement.

Amira Bouziri et Elodie Branson