Jérôme Auriac: «Les entreprises espèrent trouver de nouveaux modèles de production»

Rédaction 20 Minutes
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Pour Jérôme Auriac, il y a encore peu de visibilité sur la rentabilité du «social business».
Pour Jérôme Auriac, il y a encore peu de visibilité sur la rentabilité du «social business». — Jean-Baptiste Mouttet

SOCIÉTÉ – Entrepreneur et président d’une ONG de développement, Jérôme Auriac intervient au Brésil. Il connait bien les préoccupations des entreprises qui se lancent dans le «social business».

Président de Be-linked, intervenant dans différentes écoles de commerce et membre de nombreux clubs de réflexion et d’échanges sur le développement durable, Jérôme Auriac revient sur la difficile mise en pratique de l'entrepreneuriat social pour les grandes entreprises.

Pourquoi les grandes entreprises se lancent dans le «social business»?

Certains veulent d'abord mener une réflexion pour conquérir de nouveaux marchés, d’autres y voient une manière innovante de faire de la philanthropie. Les entreprises espèrent trouver de nouveaux modèles de production ou de distribution afin de toucher des marchés qui vont au-delà de leur clientèle classique.

A qui s'adressent-elles?

C’est la théorie BOP (bottom of pyramid, en français, bas de la pyramide): les entreprises ciblent surtout les classes les plus aisées, soit le haut de la pyramide. En s’adressant aussi aux plus pauvres, elles élargissent leurs marchés. Pour toucher cette catégorie de la population, elles doivent réinventer des produits pour qu’ils soient accessibles et utiles aux plus démunis.

En pratique, est-ce que cela fonctionne?

Dans la réalité, peu d’entreprises parviennent  à développer le modèle théorique du «social business». Pour être reconnu comme une entreprise sociale, il faut respecter deux règles. En premier lieu, le projet de la firme doit avoir une valeur sociale en plus de la valeur économique. Dans l’idéal, l’ensemble de la chaîne de production doit tendre vers le social business et la durabilité: cela passe par de multiples facteurs, comme l’usage raisonné des matières ou le respect du droit du travail.

En quoi consiste la seconde règle?

La valeur créée doit être redistribuée. L’entreprise doit être compétitive, mais pas pour augmenter les dividendes des actionnaires. Elle doit assumer de réinvestir les bénéfices dans le projet. Mais ces deux conditions, purement théoriques, sont difficiles à suivre dans l’économie actuelle.

>>> Retrouvez l'ensemble des articles écrits par les étudiants de l'IPJ -Paris Dauphine dans le cadre de leur journal école avec 20 Minutes

 

Quel type d’entreprise peut se lancer dans le social business?

Toutes. Ça dépend juste de leurs ressources, et celles-ci ne sont pas seulement financières. Les entreprises doivent être capables d’intégrer d’autres organisations à l’élaboration de leur projet d’entrepreneuriat social. Associations et ONG connaissent mieux que les firmes les terrains reculés avec des populations pauvres. Le meilleur exemple, c’est Danone au Bangladesh. Ils sont partis de l’intuition qu’on pouvait faire des yaourts pour une population qui n’est pas similaire aux clients habituels avec des prix plus bas et plus de micronutriments. Pour cela, il a fallu réinventer l’ensemble du processus de production et de distribution. L’entreprise devait par exemple trouver un moyen de conserver les produits au frais lors du transport jusque dans les zones les plus isolées.

Derrière le social, il y a une recherche de rentabilité?

L'objectif n’est pas de rendre la firme rentable, mais qu’il n’y ait pas de pertes. C’est un modèle qui n’est ni caritatif, ni capitaliste, mais entre les deux. Ce n’est pas non plus une volonté de redorer l’image de l’entreprise auprès des clients déjà acquis. Quand on entend parler du «social business», c’est qu’il y a une démarche forte avec des résultats. Finalement, on a peu de visibilité sur une possible rentabilité de l’entrepreneuriat social. Le phénomène existe depuis une dizaine d’années. Il n’y a pas encore de projets dans lesquels on investit 4 milliards d’euros comme on le fait dans l’industrie pharmaceutique ou minière.

Laëtitia Dive